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Sabrina Moisan : Université de Sherbrooke
Au Québec, comme dans beaucoup de sociétés contemporaines, la prise en compte de la diversité des expériences et perspectives historiques se heurte au récit univoque de l’expérience de la majorité, qui sert de pivot à l’enseignement de l’histoire. Ainsi, certains rapports de pouvoir sont rendus visibles au détriment d’autres, ce qui contribue à assurer la pérennité d’un certain ordre social. Si le programme contraint les enseignants en leur imposant ce cadre national, ceux-ci, une fois dans l’action, peuvent néanmoins bonifier leur enseignant. Ils peuvent même détourner le programme. Que pensent et que font les enseignants de cette zone de liberté ? Par le biais d’une étude exploratoire menée auprès de quatre enseignants au secondaire, cette communication présentera diverses postures quant à l’intégration de la diversité des expériences historiques à l’enseignement de l’histoire. Les pratiques déclarées des enseignants sont analysées suivant le modèle théorique de Clark et Case (2008) adapté pour les finalités de l’enseignement de l’histoire, et les paradigmes guidant la prise en compte de la diversité élaborés par Banks (1998) et adaptés par Kanu (2005). Cette analyse suggère un spectre de postures allant du refus de prendre en compte la multitude des perspectives et expériences historiques jusqu’à une position plus relativiste, bousculant les rapports de pouvoir et accueillant la diversité dans une perspective de changement social et d’émancipation des élèves.
Il existe une réelle volonté, partagée par des chercheurs et praticiens en éducation, de promouvoir une meilleure justice sociale par l’étude des inégalités. On souhaite préparer les élèves à agir sur le monde pour le rendre plus juste. Cette manière de penser l’école trouve sa source au sein des pédagogies critiques (Freire, 1974), antiracistes (Eckmann et Davolio, 2002) et féministes (Brunet et Demers, 2018). Les enseignants sont incités à traiter des relations de pouvoirs en classe, par l’entremise des notions de genre, de race, d’ethnicité, de langue, de classe et d’invalidité, pour ne nommer que celles-là, qui structurent la vie sociale. Mais il faut bien le constater, parler de ces thèmes cause de l’inconfort autant aux enseignants qu’aux élèves. Le présent symposium vise à mieux comprendre cet inconfort (Boler et Zembylas, 2003) en ciblant en particulier la classe d’histoire.
La classe d’histoire, souvent associée à la formation des futurs citoyens, est perçue comme un lieu naturel pour traiter des rapports de pouvoir à l’école. Les sujets ne manquent pas : esclavagisme, luttes féministes, exclusions historiques de groupes minorisés, etc. Mais ces sujets créent des inconforts. Certains enseignants craignent de paraître militants. On observe aussi des résistances à l’intégration de ces questions dans les curriculums (Scott et Gani, 2018). D’autres enseignants se sentent à l’aise d’analyser sous l’angle des perspectives (Seixas et Morton, 2012), mais préfèrent parfois les mettre sur un pied d’égalité, écartant par le fait même l’étude des hiérarchies et marginalisations sociales. On peut comprendre que plusieurs craignent de mettre en péril l’« espace sécuritaire » que constitue leur classe (Zembylas, 2015).
Il nous paraît fondamental de mieux documenter et théoriser cet inconfort pour ultimement l’anticiper, et agir. Ce symposium sera donc centré sur la problématique suivante : pourquoi cet inconfort, comment le comprendre et de quelle manière l’accueillir?
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