Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Pascal Riendeau : University of Toronto
Échange épistolaire entre deux romanciers dont les imaginaires semblent a priori assez différents, mais non incompatibles, Révolutions (2014) de Dominique Fortier et Nicolas Dickner se distingue par son hybridité générique. Les auteurs ont voulu relever le défi de réfléchir à un événement historique déterminant (la Révolution française), en utilisant comme point de départ le Calendrier révolutionnaire (1793-1806) conçu par Fabre d’Églantine et André Thouin. Fortier et Dickner proposent une véritable révolution — une traversée complète du calendrier. Archive primordiale de la correspondance, le Calendrier révolutionnaire, conçu entre la Première Terreur et la Seconde Terreur, offre une autre vision du monde et illustre les nouvelles valeurs républicaines. Fortier et Dickner le décrivent et le commentent avec ludisme et ironie, ce qui n’enlève rien à leur entreprise encyclopédique, élément auquel je m’intéresserai, en premier lieu, dans ma communication. En second lieu, je m’attarderai au traitement de l’archive dans ses considérations éthiques. À quelles exigences éthiques particulières le travail d’archive contemporain renvoie-t-il ? Je chercherai à répondre à cette question à l’aide de la théorie esth/éthique de Paul Audi (2010). J’interrogerai aussi les innombrables anecdotes autobiographiques et l’intertextualité foisonnante dans le dessein de mieux comprendre le travail de création qui sous-tend l’écriture de Révolutions.
Si son ancrage est éminemment social, puisque « [n]ulle archive [n’est] sans dehors » (Derrida 1995), le document est forcément soumis à un traitement qui est marqué, à divers degrés et de multiples façons, par la subjectivité de l’auteur qui y a recours. À la lumière d’œuvres produites au cours des trois dernières décennies en France et au Québec, il convient de se demander si la littérature contemporaine bouscule, voire met en doute, ce que l’on pourrait désigner comme le fondement étymologique de l’archive, sachant que l’arkhé grec désigne autant le commencement que le commandement, comme le rappelle Derrida (1995). Par son utilisation de l’archive, la littérature incite à un détournement historique – lequel n’est pas forcément à voir de manière négative, dans la mesure où l’œuvre cherche moins à remplacer l’histoire qu’à la replacer. Par ailleurs, pour restreindre le cadre visé par ce colloque, désirons-nous nous limiter à l’analyse d’œuvres qui s’intéressent à la crise historique – qu’on pense en France bien sûr à la Seconde Guerre mondiale et à l’Occupation, à la guerre d’Algérie et à Mai 68, ou au Québec à la crise d’Octobre. Au demeurant, l’archive envisagée pourra être exprimée sous ses différentes formes (historiques, journalistiques, familiales, personnelles) et sous ses divers supports (scriptural, photographique, vidéo). Nous explorerons les stratégies discursives déployées dans la littérature contemporaine en empruntant les axes d’analyse suivants, sans pour autant exclure d’autres avenues : 1) les stratégies d’écriture, ou les ambiguïtés de la vérité en littérature contemporaine relativement au réel et à l’histoire (incertitude, doute et mensonge, camouflage et détournement); 2) les stratégies génériques, ou comment l’archive en littérature soulève des ambiguïtés quant au statut de l’œuvre produite, mais aussi des discours auxquels l’histoire adhère; 3) les stratégies réflexives, ou la mise en scène du travail d’archive comme caution du travail littéraire.
Titre du colloque :
Thème du colloque :