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Frédéric Sawicki : FRANCE
A partir d’octobre 2018, Emmanuel Macron, président élu sur la base d’un programme « et de droite et de gauche », est confronté à un mouvement de contestation lui-même largement inédit. Ni de droite ni de gauche, le mouvement dit des « Gilets jaunes » trouve son origine directe dans le mécontentement provoqué par des mesures touchant les automobilistes : la réduction de la vitesse sur les routes secondaires et l’augmentation de la taxe sur les carburants. Cette origine, la forme de cette mobilisation (très décentralisée, avec des revendications sans cesse en évolution, hostile à toute forme de représentation et de délégation), les groupes sociaux mobilisés (les fractions dites stabilisées des classes populaires et les fractions inférieures des classes moyennes en périphérie des grandes villes), ont plongé dans l’incertitude les observateurs et responsables politiques, syndicaux, associatifs. Beaucoup y ont vu une colère sporadique appelée très vite à retomber mais aussi une agitation entretenue en sous-main par l’extrême-droite. Ce pronostic et ce diagnostic ont été largement déjoués. Qu’exprime au fond le mouvement des « Gilets jaunes » ? Nous défendrons l’hypothèse que ce mouvement n’est pas réductible à une signification unique, qu’il trouve une partie de ses causes profondes dans le mode de fonctionnement de la démocratie française mais aussi l’émergence d’un nouveau clivage de classe, appelé à s’approfondir, résultant des transformations économiques et environnementales.
Les changements politiques contemporains se manifestent par la promotion de modes d’action publique qui mettent au second plan le rôle régulateur de l’État et le dialogue avec la société civile organisée, tout en mettant à l’épreuve la solidarité et la cohésion sociales. Si les innovations sociales sont souvent nées dans de telles configurations, ces contraintes représentent néanmoins des défis de taille tant pour les praticien-ne-s que pour les chercheur-se-s. La capacité des innovations sociales à conduire à des transformations sociales et à de l’action publique, ou à constituer une forme de résistance à l’effritement du lien social, est ainsi de nouveau remise en question. Le but de ce colloque est de comprendre comment l’arrimage recherche-terrain permet aux acteurs de se repositionner dans un environnement en mutation et de produire des connaissances et des pratiques transformatrices. Ces défis se déclinent sur plusieurs plans :
- L’économie sociale et les autres organisations collectives sont interrogées sur leur capacité de développer une action autonome et sur leur rapport à un État qui semble moins porté vers les modèles à but non lucratif qu’il l’a déjà été.
- Les territoires, dont les instances de concertation et de développement, souvent mises à mal par les nouvelles orientations politiques, doivent trouver de nouvelles avenues pour préserver les solidarités, assurer une transition écologique et penser leur développement social.
- Le travail et ses acteurs subissent ces changements à travers la déstabilisation tant du statut salarial que des institutions syndicales.
Ces questions conduisent à s’interroger sur les pratiques et sur le rôle des établissements d’enseignement supérieur comme miroir critique et comme incubateur d’innovations sociales. Ce colloque invite également à analyser l’action spécifique de ces « passeurs » et « opérateurs » du dialogue savoirs-société, qu’ils soient assimilés au domaine universitaire ou à la pratique sociale.
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