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Sylvie GENEST : UQAM - Université du Québec à Montréal
La communication paradoxale constitue l’une des clés de compréhension du romantisme conçu comme caractéristique du comportement amoureux exalté qu’affichent certains héros de la culture populaire. Pour donner la représentation de tels comportements où prévalent la spontanéité et l’impulsivité sur la raison et le sens critique, les œuvres procèdent par superposition de messages contradictoires transmis simultanément sur différents modes de communication. Dans les chansons d’amour, un premier message visera la rationalité de l’auditeur à travers les paroles du texte alors qu’un second ciblera sa sensibilité affective via la musique, la voix ou le persona du chanteur. Un tel procédé permet de dire je t’aime en hurlant et contractant les traits du visage pour exprimer de l’agressivité ou encore de dire je vais te tuer en prenant le ton sensuel de l’intimité et le faciès du désir charnel. Or, quelques études importantes ont montré que ces produits du romantisme spectaculaire comptaient parmi les facteurs contribuant à l’apprentissage du code communicationnel amoureux chez les adolescents, filles ou garçons. En filigrane de cette étude, la question se pose donc à savoir si, en laissant à l’industrie du divertissement une responsabilité sociale qu’elle n’a jamais revendiquée, nous exposons collectivement les personnes de moins de 20 ans qui en sont les publics cibles à des idéaux relationnels contestables dont les ressorts sont comparables à ceux de la violence psychologique.
Les questions dont nous débattrons ici ont d’abord été suscitées par l’essai de Jan Philipp Reemtsma, Confiance et violence (2011), qui cherche à élucider le problème philosophique suivant : comment est-il possible d’éprouver horreur et incompréhension face aux atrocités perpétrées au cours du XXe siècle, le plus violent de l’histoire, sans toutefois perdre confiance dans l’avenir de nos sociétés et le projet de vivre-ensemble qui les fonde? C’est justement autour de cette complexe tension entre violence passée et confiance future que s’articulera notre réflexion. Ainsi, nonobstant les théories qui constatent une diminution incontestable de la violence sous toutes ses formes à notre époque — pensons à l’ouvrage de Steven Pinker, La part d’ange en nous (2017) —, force est de constater que l’impression de violence quant à elle n’est pas prête de s’estomper. Or, parallèlement à cette simple impression alimentée par les médias, nous assistons à une prise de parole sans précédent qui investit l’espace public et qui est bel et bien ancrée dans une complexe réalité de violence psychologique, physique, sexuelle, économique et autre. Ainsi, notre colloque s’inscrit dans la foulée des récents mouvements de contestation, tels que Idle no More et #metoo, et entend participer au changement de paradigmes amorcé par ces mouvements. Nous croyons pertinent de profiter de l’impulsion du moment pour débattre d’enjeux qui ne sont certes pas nouveaux mais qui sont passés plus que jamais à l’avant-plan des préoccupations sociales. Du simple hashtag à la pièce de théâtre, de la chanson populaire à l’œuvre de fiction, du documentaire au mémorial, les innombrables déclinaisons de la mise en récit de la violence passée valorisent toutes une prise de parole par laquelle le sujet meurtri cherche à témoigner, à se reconstruire, à comprendre. Déjà, l’émergence des trauma studies et leur application à des champs de recherche de tous horizons depuis quelques trois décennies ont contribué à un éveil des consciences, bien au-delà de la sphère académique, quant aux répercussions destructrices de la violence. En ce sens, notre colloque poursuit le travail de reconnaissance de la voix des victimes telle que transmise par l’entremise de l’art, du travail social, de l’activisme.
Nous tâcherons d’abord de rendre compte d’une prise de parole et de sa mise en récit, d’explorer par quels procédés l’acte créatif parvient à transformer l’acte violent pour mieux le mettre à distance et l’assimiler. Nous ouvrirons ensuite le débat sur la notion de confiance, principalement, sur son rétablissement quand elle a été ébranlée, sur sa réparation quand elle a été brisée. À l’instar du mouvement #etmaintenant, né en réponse à #moiaussi et en écho à une approche de justice réparatrice dans le processus de guérison du mal engendré par la violence, nous croyons qu’un élan tourné vers l’avenir doit passer par une forme de dialogue fait d’échanges, d’écoute surtout, entre toutes les parties concernées.
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