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Louis-Philippe Rondeau : UQAM - Université du Québec à Montréal
Représenter les gens, autrement : voilà la pulsion sous-jacente à cette recherche-création. En recourant à l’installation interactive, elle vient mettre en exergue le paradoxe photographique de fixer en image un corps multifacette en continuel mouvement. Axée sur le modus operandi du miroir, l’installation intitulée REVOLVE/REVEAL restitue l’apparence de l’interacteur de manière grotesque en tentant paradoxalement d’effectuer une captation objective de sa physionomie. En interrogeant le rapport du spectateur avec l’œuvre, elle nous incite à repenser les conventions de la médiatisation par l’image, tout particulièrement la représentation médiée de soi-même.
La valeur de cette recherche-création se situe au niveau de l’expérience subjective du public : en n’explicitant pas les affordances du dispositif, il est de la responsabilité de l’interacteur d’en déduire le modus operandi. À tâtons, et grâce à plusieurs indices, on parvient à en comprendre le sens. En recourant à une forme d’anamorphose temporelle, l’œuvre invite à une remise en question du rôle de l’image photographique en tant qu’index en exposant les limites de la médiation, notamment son articulation spatiotemporelle.
Malgré la prémisse d’une représentation objective, l’installation introduit la possibilité du détournement du dispositif à travers les gestes de l’interacteur. L’œuvre interroge du même élan le contrôle – souvent en vain – qu’on tente d’exercer sur sa propre image médiatisée.
Le réseau Hexagram a produit en septembre 2018 une exposition intitulée Taking Care (Avec soin) dans le cadre du festival Ars Electronica, à Linz en Autriche. À la suite d’un appel de projets lancé à tou.te.s les membres étudiant.e.s de Hexagram, vingt projets ont été sélectionnés et montrés à Linz. Ces projets illustrent l’approche de la recherche-création dont Hexagram est le chef de file à l’international, et que ce dernier définit comme une tendance en émergence dans le milieu de la recherche universitaire qui lie la pratique des arts et les sciences de l’art aux sciences interprétatives et aux sciences pures, afin de générer de nouveaux savoirs par l’intermédiaire de pratiques sociales, matérielles et performatives. À la croisée de questions éthiques et esthétiques, les projets de l’exposition sont exploratoires plutôt que prescriptifs : ils remettent en question notre appréhension du monde dans notre quête et nos efforts constants pour le comprendre.
Les processus mis en œuvre pour la création de Taking Care abordent les enjeux de l’art numérique par la création de l’exposition. D’abord, Taking Care est une exploration du commissariat lui-même comme processus de recherche-création et de production de savoir. La production consiste également à formaliser une nouvelle posture face à l’art numérique. Les artistes sélectionné.e.s ne cherchent pas à donner une finalité technologique à leur travail, mais leurs œuvres incitent à redéfinir le rapport entre l’art et la technologie et questionnent les méthodologies et l’éthique en art numérique.
L’expérience Taking Care permet d’aborder la question de la collaboration et plus particulièrement le rapport professeur.e-étudiant.e dans un cadre professionnel et universitaire. Ce colloque s’inscrit aussi dans une démarche plus large du réseau Hexagram qui vise à préciser les contours de la recherche-création pratiquée par ses artistes-chercheur.e.s, étudiant.e.s, collaborateur.trice.s. À l’heure où la recherche-création s’impose de plus en plus comme une démarche légitime et novatrice, non seulement au Québec, mais aussi au Canada et à l’international (et en particulier en France), la pertinence de ce colloque tiendra donc à sa capacité d’en réfléchir collectivement les formes, les pratiques et les modes de diffusion, sur la base d’une expérience singulière menée lors d’un événement hautement médiatisé (à Ars Electronica). Plus généralement, ce colloque participera à envisager concrètement la spécificité, l’originalité et le caractère novateur de l’approche d’Hexagram dans le cadre des relations entre les arts et les sciences dans la production des savoirs contemporains. Ce faisant, il permettra aussi une réflexion ancrée et située dans l’apport de la recherche-création à la recherche, et en particulier vis-à-vis de la recherche scientifique et de la recherche-action.
Titre du colloque :