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Camélia Paquette : Université de Sherbrooke
HHhH, publié en 2010, est le récit de l’opération Anthropoïde, attentat organisé à Prague en 1942 par le gouvernement tchécoslovaque en exil contre Reinhard Heydrich. Laurent Binet, son auteur, problématise la relation entre histoire et littérature dans ce roman hybride qui se veut sans fiction, mêlant notamment le récit historique et l’autofiction. HHhH met en scène une double trame narrative : celle de l’écrivain-chercheur qui raconte son parcours d’écriture et celle du récit de l’opération Anthropoïde. Il est le résultat d’une confrontation entre le monde de l’écrivain et celui du chercheur, la quête d’une frontière où l’histoire devient littérature et où la littérature devient histoire. HHhH permet ainsi une réflexion sur la vérité, qu’elle soit historique ou littéraire, en présentant un narrateur autodiégétique obsédé par l’idée de dire le réel tel qu’il a été, ce qui lui fait vivre des difficultés dans l’énonciation même de son récit. Laurent Binet révèle les échafaudages de la construction romanesque et, ainsi, les difficultés et les questions éthiques qui peuvent survenir avec elle. En s’appuyant notamment sur les réflexions de Dorrit Cohn, Ivan Jablonka et Philippe Gasparini, cette présentation a pour but de réfléchir à la difficulté d’exprimer la vérité en littérature et en histoire, mais aussi de comprendre comment l’écriture d’un roman sans fiction, problématique en soi, permet par son narrateur à la double fonction de révéler les échafaudages de l’écriture.
Si son ancrage est éminemment social, puisque « [n]ulle archive [n’est] sans dehors » (Derrida 1995), le document est forcément soumis à un traitement qui est marqué, à divers degrés et de multiples façons, par la subjectivité de l’auteur qui y a recours. À la lumière d’œuvres produites au cours des trois dernières décennies en France et au Québec, il convient de se demander si la littérature contemporaine bouscule, voire met en doute, ce que l’on pourrait désigner comme le fondement étymologique de l’archive, sachant que l’arkhé grec désigne autant le commencement que le commandement, comme le rappelle Derrida (1995). Par son utilisation de l’archive, la littérature incite à un détournement historique – lequel n’est pas forcément à voir de manière négative, dans la mesure où l’œuvre cherche moins à remplacer l’histoire qu’à la replacer. Par ailleurs, pour restreindre le cadre visé par ce colloque, désirons-nous nous limiter à l’analyse d’œuvres qui s’intéressent à la crise historique – qu’on pense en France bien sûr à la Seconde Guerre mondiale et à l’Occupation, à la guerre d’Algérie et à Mai 68, ou au Québec à la crise d’Octobre. Au demeurant, l’archive envisagée pourra être exprimée sous ses différentes formes (historiques, journalistiques, familiales, personnelles) et sous ses divers supports (scriptural, photographique, vidéo). Nous explorerons les stratégies discursives déployées dans la littérature contemporaine en empruntant les axes d’analyse suivants, sans pour autant exclure d’autres avenues : 1) les stratégies d’écriture, ou les ambiguïtés de la vérité en littérature contemporaine relativement au réel et à l’histoire (incertitude, doute et mensonge, camouflage et détournement); 2) les stratégies génériques, ou comment l’archive en littérature soulève des ambiguïtés quant au statut de l’œuvre produite, mais aussi des discours auxquels l’histoire adhère; 3) les stratégies réflexives, ou la mise en scène du travail d’archive comme caution du travail littéraire.
Titre du colloque :