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Laurent Sauvage : UQAM - Université du Québec à Montréal
La notion de « communs » est objet de débats, autant pour la communauté scientifique que pour les citoyens ou les organismes explorant le potentiel de transformation sociale qu’elle contient. Ostrom a mis en évidence un ensemble de règles conduisant à la réussite d’une gestion commune des ressources favorisant leur conservation et a proposé une déconstruction de la notion de propriété vue comme un faisceau de droits inscrit entre la propriété privée et la propriété publique. Si Ostrom prend pour point de départ de son analyse les ressources naturelles, elle élargit par la suite son approche aux ressources de nature sociale pour y inclure des « nouveaux communs ». L’approche d’Ostrom a été complétée par une vision plus sociopolitique des communs qui met en évidence leur potentiel subversif. Objets d’une action politique instituante construite sur l’usage des ressources, ils constituent une proposition alternative au capitalisme. La convergence de ces deux approches permet d’envisager la culture comme une ressource sociale à construire, protéger et promouvoir. Dans cette communication, nous nous proposons d’apporter une définition des communs culturels vus comme une forme spécifique de communs du savoir. Nous montrerons comment la ressource culturelle peut être utilisée, de manière intégrée, par une grande variété d’acteurs (culturels, politiques, communautaires ou économiques) pour revitaliser les territoires.
Les changements politiques contemporains se manifestent par la promotion de modes d’action publique qui mettent au second plan le rôle régulateur de l’État et le dialogue avec la société civile organisée, tout en mettant à l’épreuve la solidarité et la cohésion sociales. Si les innovations sociales sont souvent nées dans de telles configurations, ces contraintes représentent néanmoins des défis de taille tant pour les praticien-ne-s que pour les chercheur-se-s. La capacité des innovations sociales à conduire à des transformations sociales et à de l’action publique, ou à constituer une forme de résistance à l’effritement du lien social, est ainsi de nouveau remise en question. Le but de ce colloque est de comprendre comment l’arrimage recherche-terrain permet aux acteurs de se repositionner dans un environnement en mutation et de produire des connaissances et des pratiques transformatrices. Ces défis se déclinent sur plusieurs plans :
- L’économie sociale et les autres organisations collectives sont interrogées sur leur capacité de développer une action autonome et sur leur rapport à un État qui semble moins porté vers les modèles à but non lucratif qu’il l’a déjà été.
- Les territoires, dont les instances de concertation et de développement, souvent mises à mal par les nouvelles orientations politiques, doivent trouver de nouvelles avenues pour préserver les solidarités, assurer une transition écologique et penser leur développement social.
- Le travail et ses acteurs subissent ces changements à travers la déstabilisation tant du statut salarial que des institutions syndicales.
Ces questions conduisent à s’interroger sur les pratiques et sur le rôle des établissements d’enseignement supérieur comme miroir critique et comme incubateur d’innovations sociales. Ce colloque invite également à analyser l’action spécifique de ces « passeurs » et « opérateurs » du dialogue savoirs-société, qu’ils soient assimilés au domaine universitaire ou à la pratique sociale.
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