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Eric MUTABAZI : Université catholique de l'Ouest
L’usage du numérique dans le contexte scolaire et plus particulièrement dans les programmes scolaires et universitaires français a évolué au fil des années. Nous sommes passés de la vision de l’enseignant qui doit faire « comprendre la puissance et la valeur du progrès scientifique et technologique aux enfants » (Chevènement, 1985), à l’encouragement, par le Ministère de l’éducation nationale (2010, 2012), à la maîtrise du numérique devenu un support permettant d’apprendre autrement, de favoriser la réussite de tous, d’innover dans les pratiques pédagogiques, de collaborer, de créer la confiance chez les élèves, etc. Aujourd’hui, la formation sur la culture numérique et la préparation aux certificats comme le C2i ou le PIX font partie des enseignements proposés dans les offres de formation des études universitaires en France. Les élèves, les enseignants, les enseignants-chercheurs sont invités à utiliser, explorer, voire exploiter le numérique. C’est dans ce cadre que nous avons voulu comprendre, lors de la recherche menée auprès des étudiants français, leurs pratiques et leurs usages du numérique à l’université. En effet, compte tenu de la politique et des efforts déployés par l’état depuis ces trente dernières années, il nous semble que cet outil pourrait être indispensable dans le milieu universitaire et qu’il permettrait aux étudiants d’accéder autrement au savoir.
Michel Serres (2013), dans son ouvrage Petite poucette, parle du numérique comme d’une nouvelle révolution culturelle. Pourtant, en lisant avec attention ses écrits, il décrit les conséquences de l’utilisation du numérique à l’école comme la fin d’une tête bien faite et comme l’apogée du vide (Lipovetski, 1983). Selon lui, les individus n’auraient plus besoin d’apprendre pour transmettre, mais seulement de stocker le savoir dans un ordinateur et, au besoin, n’auraient qu’à chercher ce savoir sur le disque dur. Entrons-nous réellement dans l’ère du vide culturel ou devenons-nous éduquer les élèves au numérique et aux supports numériques? Au lieu d’entrer à l’école de manière maîtrisée, le numérique est considéré par les enseignants comme un outil indomptable et anarchique devant les remplacer dans l’avenir. Les résistances sont nombreuses. Mais les angoisses liées au numérique sont différentes, car elles touchent à l’activité et à la pratique de l’enseignant. Les enseignants, les formateurs, se sentent dépossédés de leur outil de travail, à savoir la connaissance. Désormais, pour apprendre, l’élève a tout à portée de main dans son ordinateur, sur sa tablette ou son téléphone. En effet, jusqu’à présent, les enseignants étaient dépositaires du savoir. Aujourd’hui, ils imaginent que faire travailler des élèves avec des outils numériques les en dépossède. Certes, les élèves peuvent accéder à la connaissance par d’autres truchements que celui de l’école. Toutefois, il ne faudrait pas confondre information, connaissance et savoir. L’acquisition du savoir oblige l’élève à faire un effort intrinsèque pour transformer les informations réticulaires en savoirs, pour se les approprier singulièrement. L’hominisation du savoir passe par la médiatisation de l’enseignant. Il est donc intéressant de comprendre la place de l’enseignant dans la triangulation élève-savoir-numérique.
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