Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Silvia Sosa : UQAM - Université du Québec à Montréal
La Revue Sur, créé et dirigée par Victoria Ocampo entre 1931 et 1966, est reconnue pour sa diffusion culturelle aussi nombreuse qu’éclectique. En effet, à travers la sélection des auteurs et des textes, la revue a instauré un dialogue inédit au-delà des frontières entre la littérature du monde et celle de l’Amérique.
Par la suite, la postérité et la critique littéraire ont établi la figure de Jorge Luis Borges comme l’un des principaux créateurs du canon de la littérature argentine à travers la traduction et l'introduction d’auteurs étrangers. Pourtant, l’importance de Victoria Ocampo ne se mesure pas seulement par la célébrité de la revue, mais par son œuvre d’écrivaine et de traductrice également. En effet, la publication, entre autres, de deux anthologies de poésie américaine et anglaise ont établi le canon de la poésie anglophone qui a perduré pendant des décennies dans la littérature argentine (Raggio, 2012).
Quant à Silvina Ocampo, sœur de Victoria, la qualité de sa production comme écrivaine est reconnue mais peu diffusée. Nous nous attardons ici à sa collaboration dans l’élaboration avec Jorge Luis Borges et Bioy Casares de deux anthologies de la littérature fantastique, qui est restée dans l’ombre. Ces anthologies constituent, pourtant, l’introduction d’un nouveau paradigme de littérature fantastique et donc de nombre d’écrivains étrangers en Argentine.
Dès la fin de la guerre froide, nous observons le surgissement d’un nouvel ordre géopolitique : la mondialisation (Dirlik, 2007; Freitag, 2008; Gélinas, 2000; Lewellen, 2002; Sassen, 2009). Ce changement entraîne aussi des métamorphoses culturelles, telles que la fin du postmodernisme, événement confirmé au début du 21e siècle (Hutcheon, 2002; Hassan, 2003; Ferrer, 2010). Pendant la même période, nous constatons que, du point de vue des études littéraires, de nombreux théoriciens se penchent de nouveau sur le concept de littérature mondiale (Casanova, 1999; Prendergast, 2004; Damrosch, 2003, 2011, 2014; Miller, 2011) et ouvrent les frontières afin de dépasser le point de vue occidental en intégrant la notion de mondialisation aux études littéraires (Patil, 2006; Saussy, 2006; Pizer, 2006; Gupta, 2009). Plusieurs chercheurs approfondissent aussi les relations entre littérature et traduction (Apter, 2013; Dyre, 2009; Xie et Shi, 2011; Chaudhuri, 2012; Morgan, 2013; Casanova, 2015), contestent le concept de canon littéraire (Insko, 2003; Kermode, 2004; Fishelov, 2010) et déclarent la naissance de l’âge hypercanonique (Damrosch, 2006). Cependant, à la même époque, nous constatons une tendance contraire par rapport aux écrivaines (Planté, 2003; Underwood et Bamman, 2016; Glorieux, 2017; Langlais, 2017). En effet, des publications récentes soulignent un phénomène de « déféminisation » (Langlais, 2017) de la littérature, soulignant même « un écart entre la présence de femmes écrivains dans la culture vécue et leur faible visibilité dans l’histoire littéraire » (Planté, 2003, p. 655). Ainsi, malgré les mouvements féministes observés depuis l’après-guerre et la récente redéfinition du canon littéraire, les écrivaines continueraient de devoir surmonter de nombreux obstacles afin de faire rayonner leurs œuvres. En faisant suite à ces constats, ce colloque se propose de susciter un regard critique sur les enjeux qui caractérisent la place des écrivaines dans la littérature mondiale.
Titre du colloque :
Thème du colloque :