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Doherti Juvet NGUIEBE : Université Paris Nanterre
L’Indigène (2014) est l’un des rares romans de la littérature française contemporaine à mettre en scène l’histoire des tirailleurs sénégalais de l’armée coloniale française de la Première Guerre mondiale. « Qui se souvient de ces hommes à la peau noire tombés pour la France en 14-18 ? », peut-on lire en quatrième de couverture. On découvre qu’il revisite la bataille de Verdun (1916) lors de la Grande Guerre. Cependant, pour le romancier, cet événement n’est qu’un prétexte qui lui permet de brosser un véritable panorama de l’histoire des soldats subsahariens ayant pris part aux deux guerres mondiales.
A cet effet, nous pensons qu’il est opportun, après la célébration du centenaire de la Première Guerre mondiale en France, le 11 novembre dernier, de revenir sur la reconstruction de la mémoire des tirailleurs morts aux champs de batailles pour libérer la France. De fait, que reste-t-il véritablement de ces hommes dans la mémoire collective franco-africaine post-coloniale ? Pour donner réponse à cette question, nous verrons, dans ce roman, comment l’archive et la créativité de l’auteur réécrivent l’histoire au goût de l’actualité. C’est donc un véritable travail de mémoire opéré par Clabaut qui mêle enquêtes historique et journalistique, via des archives numériques, des photos et des témoignages retravaillés. En réalité, le but est de voir la manière dont le roman français post-colonial réécrit l’histoire des combattants africains entre documentation et esthétisation des traces.
Si son ancrage est éminemment social, puisque « [n]ulle archive [n’est] sans dehors » (Derrida 1995), le document est forcément soumis à un traitement qui est marqué, à divers degrés et de multiples façons, par la subjectivité de l’auteur qui y a recours. À la lumière d’œuvres produites au cours des trois dernières décennies en France et au Québec, il convient de se demander si la littérature contemporaine bouscule, voire met en doute, ce que l’on pourrait désigner comme le fondement étymologique de l’archive, sachant que l’arkhé grec désigne autant le commencement que le commandement, comme le rappelle Derrida (1995). Par son utilisation de l’archive, la littérature incite à un détournement historique – lequel n’est pas forcément à voir de manière négative, dans la mesure où l’œuvre cherche moins à remplacer l’histoire qu’à la replacer. Par ailleurs, pour restreindre le cadre visé par ce colloque, désirons-nous nous limiter à l’analyse d’œuvres qui s’intéressent à la crise historique – qu’on pense en France bien sûr à la Seconde Guerre mondiale et à l’Occupation, à la guerre d’Algérie et à Mai 68, ou au Québec à la crise d’Octobre. Au demeurant, l’archive envisagée pourra être exprimée sous ses différentes formes (historiques, journalistiques, familiales, personnelles) et sous ses divers supports (scriptural, photographique, vidéo). Nous explorerons les stratégies discursives déployées dans la littérature contemporaine en empruntant les axes d’analyse suivants, sans pour autant exclure d’autres avenues : 1) les stratégies d’écriture, ou les ambiguïtés de la vérité en littérature contemporaine relativement au réel et à l’histoire (incertitude, doute et mensonge, camouflage et détournement); 2) les stratégies génériques, ou comment l’archive en littérature soulève des ambiguïtés quant au statut de l’œuvre produite, mais aussi des discours auxquels l’histoire adhère; 3) les stratégies réflexives, ou la mise en scène du travail d’archive comme caution du travail littéraire.
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