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« "Mais à qui parle-je ?" : la question du public chez Étienne du Tronchet »

LV

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Luc Vaillancourt

Résumé de la communication

Secrétaire auprès de Catherine de Médicis, Étienne du Tronchet offre au public en 1572 un formulaire intitulé « Finances et thresor de la plume françoise » où, s’adressant à « Messieurs les Secrétaires de France », il soumet à leur appréciation sa propre classification du genre, mieux adaptée selon lui à la pratique contemporaine; effort louable de normalisation, certes, cependant l’ouvrage étant a priori destiné aux secrétaires, on peut trouver à s’étonner de ne relever dans la section formulaire aucune lettre officielle. Du Tronchet semble d’ailleurs reconnaître cette incongruité lorsqu’il écrit à la toute fin de sa préface : « Mais à qui parle-je? Je suis bien encores plus fol de me rompre la teste pour cuyder faire profit à tel qui se mocquera de moy ». De fait, cet ouvrage au titre singulier de « Finances et thresor de la plume françoise » est moins un art ou un formulaire épistolaire qu’une démonstration d’éloquence et un bréviaire de la vie en société, où la lettre devient la monnaie d’échange d’un commerce à prétention égalitaire, nous invitant à interpréter le substantif pluriel « Finances » dans le sens de « moyens de procurer ou de se procurer quelque chose ». Car ce que Du Tronchet entreprend d’exposer, ce sont justement les principes d’une économie relationnelle, où la parole empreinte de sollicitude, de naturel et de courtoisie est propre à resserrer les liens au sein d’une communauté délimitée non plus par les rangs, mais par son adhésion aux mêmes valeurs.

Résumé du colloque

Au Québec, les études de généricité (gender studies) en littérature française se sont beaucoup développées et transformées depuis leur émergence dans les années 1980. En effet, on assiste à des changements de paradigme importants sur le plan théorique; les problématiques liées à la construction de la féminité et de la masculinité ne sont plus désormais pensées en termes d’oppositions binaires (féminin-masculin), mais sont envisagées selon un spectre analogique de degrés plus ou moins prononcés au regard d’un pôle ou de l’autre. Les travaux menés au cours des dernières décennies ont donc soulevé de nouveaux enjeux relatifs aux prises de parole des femmes, notamment sous l’Ancien Régime. Par exemple, les phénomènes de ventriloquie textuelle où des hommes font parler des femmes et où des femmes font parler des hommes suscitent des interrogations quant à la notion d’écriture féminine ou de parole féminine et mettent en cause le caractère essentialiste de ces notions. Or, le professeur Jean-Philippe Beaulieu, de l’Université de Montréal, a été l’un des premiers chercheurs francophones à avoir au Québec formulé ces nouvelles questions et exploré des corpus jusque-là négligés. Non seulement il a choisi de travailler sur les écrits inédits d’une femme du XVIe siècle, Hélisenne de Crenne, ce qui à la fin des années 1980 était un geste novateur pour l’époque, mais il a aussi coorganisé en 1992 le premier colloque international exclusivement consacré aux femmes écrivains de l’Ancien Régime. Cette première rencontre savante a été suivie de plusieurs autres. Tout au long de sa carrière, J.-P. Beaulieu a privilégié des sujets à l’avant-garde de la recherche dans le domaine des écrits de femmes et il est maintenant reconnu sur la scène internationale comme LE spécialiste des écrits d’Hélisenne de Crenne. Nous souhaitons profiter de son départ à la retraite pour faire le point sur les études dont il a été un précurseur et qui empruntent aujourd’hui des avenues diversifiées.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 27 mai 2019

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