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Béatrice Noël-Lepelletier : Université catholique de l'Ouest
En France, la réforme du collège de 2016 a pour objectif de mieux apprendre pour mieux réussir et « faire du collège un lieu d’épanouissement et de construction de la citoyenneté (…) ». Une des mesures phares est la mise en place des Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Par ailleurs, cette même réforme impose l’éducation aux médias et à l’information dans les différentes disciplines afin de développer chez les élèves leur « cybercitoyenneté ». Comment ces deux mesures se combinent-elles sur le terrain ? Des entretiens exploratoires montrent que certaines conditions pourraient faciliter la progression vers les objectifs fixés.
Michel Serres (2013), dans son ouvrage Petite poucette, parle du numérique comme d’une nouvelle révolution culturelle. Pourtant, en lisant avec attention ses écrits, il décrit les conséquences de l’utilisation du numérique à l’école comme la fin d’une tête bien faite et comme l’apogée du vide (Lipovetski, 1983). Selon lui, les individus n’auraient plus besoin d’apprendre pour transmettre, mais seulement de stocker le savoir dans un ordinateur et, au besoin, n’auraient qu’à chercher ce savoir sur le disque dur. Entrons-nous réellement dans l’ère du vide culturel ou devenons-nous éduquer les élèves au numérique et aux supports numériques? Au lieu d’entrer à l’école de manière maîtrisée, le numérique est considéré par les enseignants comme un outil indomptable et anarchique devant les remplacer dans l’avenir. Les résistances sont nombreuses. Mais les angoisses liées au numérique sont différentes, car elles touchent à l’activité et à la pratique de l’enseignant. Les enseignants, les formateurs, se sentent dépossédés de leur outil de travail, à savoir la connaissance. Désormais, pour apprendre, l’élève a tout à portée de main dans son ordinateur, sur sa tablette ou son téléphone. En effet, jusqu’à présent, les enseignants étaient dépositaires du savoir. Aujourd’hui, ils imaginent que faire travailler des élèves avec des outils numériques les en dépossède. Certes, les élèves peuvent accéder à la connaissance par d’autres truchements que celui de l’école. Toutefois, il ne faudrait pas confondre information, connaissance et savoir. L’acquisition du savoir oblige l’élève à faire un effort intrinsèque pour transformer les informations réticulaires en savoirs, pour se les approprier singulièrement. L’hominisation du savoir passe par la médiatisation de l’enseignant. Il est donc intéressant de comprendre la place de l’enseignant dans la triangulation élève-savoir-numérique.
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