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Nora Meziani : HEC Montréal
Le sentiment de savoir sans savoir pourquoi, que nous nommons plus communément « intuition », est une connaissance tacite qui se révèle à une personne par le biais d’une sensation corporelle. Lorsque j’ai une intuition, je sens, je sais, mais je ne suis pas en mesure d’expliquer pourquoi je sais, ni ce que je sais. Je ne suis pas en mesure d’élaborer davantage mon propos et de mettre en mots. Je ne suis pas en mesure de partager mon ressenti avec une tierce personne de manière discursive. Ainsi, pour nous, chercheurs et chercheuses, comment approcher un phénomène indicible et invisible ? Dans cette communication, je propose de discuter des approches méthodologiques que j’ai mises en place ou développées pour saisir le phénomène intuitif – phénomène pour le moins évanescent. J’ai mené des entrevues avec des professionnel.le.s du cinéma (ex. réalisateurs, directrices de la photographie, monteuses, 1ers assistants réalisation) et je les ai suivi.e.s sur des tournages. Je montrerai comment les entrevues peuvent autant être utilisées pour saisir ce qui est dit que ce qui n’est pas dit, et comment le corps et les sens du chercheur ou de la chercheuse sont sollicités et animés en situation d’observation afin de capter les intuitions. Cela ouvre de nombreuses perspectives de recherche, à l’heure où l’invisible et l’indicible, qui pourtant peuplent la vie collective, sont peu explorés dans le champ des études organisationnelles.
Ce colloque, organisé par l’Association pour la recherche qualitative (ARQ) en collaboration avec le Groupe de recherche sur la pratique de la stratégie (GÉPS-HEC Montréal), vise à réfléchir sur les méthodologies qualitatives déployées pour comprendre les dimensions sensorielles, émotionnelles et esthétiques de la pratique, soit la manière dont les êtres humains utilisent leurs connaissances pour accomplir leurs activités. Une attention particulière sera portée aux diverses méthodes par lesquelles les acteurs, qu’il s’agisse des sujets de recherche, des professionnels ou des activistes qui les entourent, participent à la recherche qualitative portant sur ces dimensions de la pratique. Dans les dernières années, plusieurs champs de recherche ont agrandi leurs territoires en intégrant des dimensions fondamentales de la pratique qui prennent vie à travers le corps et qu’on ne peut pas toujours verbaliser ou identifier clairement (Pink, 2015). C’est le cas de la multisensorialité de l’expérience, des émotions et de l’esthétique. Ces dimensions de la pratique posent des défis majeurs en recherche qualitative, car il s’agit de saisir ce qui est invisible et imprévu; bref, ce dont on ne pense pas utile de tenir compte ou de mentionner et qui est ressenti plutôt que verbalisé. Or, ces dimensions de la pratique ont de plus en plus de résonance dans les connaissances disciplinaires et appliquées. Les recherches impliquant la sensorialité, les émotions et l’esthétique ont connu un intérêt croissant dans les sciences sociales et humaines que sont la sociologie (Goodwin, 2001; Howes et Classen, 2013; Vannini et al., 2013), l’anthropologie (Gélard, 2016; Ingold et Howes, 2011), la géographie (Bender, 2002; Davidson et Milligan, 2004), l’éducation (Filliettaz, 2007), la santé (Le Breton, 2011; Lupton, 2017), la gestion (Strati, 2007; Nicolini, 2007), la communication (Moriceau, 2016; Grosjean, 2016), et le design et les arts (Stigliani et Ravasi, 2018).
Titre du colloque :