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Poétique du temps sculpté dans La supplication de Svetlana Alexievitch

ÉM

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Émile Mercille-Brunelle : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Par cette conférence, j’analyserai la démarche constitutive de toutes les œuvres d’Alexievitch, mais appliquée au contexte spécifique de La supplication, que Lionel Ruffel définit comme un « montage-agencement de témoignages de rescapés de Tchernobyl ». Ce qui intéresse Alexievitch, ce n’est pas « l’histoire des faits, mais celle des âmes » comme elle l’a confié en entretien. Dans La supplication, l’événement de Tchernobyl, qui agirait à titre de référent ultime dans un discours historique, se subordonne aux mémoires du temps vécu des témoins. Alexievitch sélectionne, puis redécrit poétiquement (au sens aristotélicien) certains témoignages enregistrés en les soumettant à des opérations de montage et d’agencement qui, en impliquant l’instauration d’une « mimésis référentielle » (Ruffel) ou d’une « référence métaphorique » (Ricœur), correspondent à ce que Ricœur appelle une « configuration narrative ». À l’aide du cinéaste russe Andreï Tarkovski, je soutiendrai que Svetlana Alexievitch, en montant et en agençant les souvenirs-images de ses témoins, « sculpte » une durée dont le but est de mettre sous les yeux du lecteur ce que le rescapé de Tchernobyl « a appris, deviné, découvert sur lui-même et dans son attitude envers le monde » afin de « [r]econstituer les sentiments, et non les évènements » (La supplication).

Résumé du colloque

Si son ancrage est éminemment social, puisque « [n]ulle archive [n’est] sans dehors » (Derrida 1995), le document est forcément soumis à un traitement qui est marqué, à divers degrés et de multiples façons, par la subjectivité de l’auteur qui y a recours. À la lumière d’œuvres produites au cours des trois dernières décennies en France et au Québec, il convient de se demander si la littérature contemporaine bouscule, voire met en doute, ce que l’on pourrait désigner comme le fondement étymologique de l’archive, sachant que l’arkhé grec désigne autant le commencement que le commandement, comme le rappelle Derrida (1995). Par son utilisation de l’archive, la littérature incite à un détournement historique – lequel n’est pas forcément à voir de manière négative, dans la mesure où l’œuvre cherche moins à remplacer l’histoire qu’à la replacer. Par ailleurs, pour restreindre le cadre visé par ce colloque, désirons-nous nous limiter à l’analyse d’œuvres qui s’intéressent à la crise historique – qu’on pense en France bien sûr à la Seconde Guerre mondiale et à l’Occupation, à la guerre d’Algérie et à Mai 68, ou au Québec à la crise d’Octobre. Au demeurant, l’archive envisagée pourra être exprimée sous ses différentes formes (historiques, journalistiques, familiales, personnelles) et sous ses divers supports (scriptural, photographique, vidéo). Nous explorerons les stratégies discursives déployées dans la littérature contemporaine en empruntant les axes d’analyse suivants, sans pour autant exclure d’autres avenues : 1) les stratégies d’écriture, ou les ambiguïtés de la vérité en littérature contemporaine relativement au réel et à l’histoire (incertitude, doute et mensonge, camouflage et détour­nement); 2) les stratégies génériques, ou comment l’archive en littérature soulève des ambiguïtés quant au statut de l’œuvre produite, mais aussi des discours auxquels l’histoire adhère; 3) les stratégies réflexives, ou la mise en scène du travail d’archive comme caution du travail littéraire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
manager icon Responsables :
Eric Chevrette
section icon Date : 27 mai 2019

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