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Simon Viviers : Université Laval
Sous l’impulsion des réformes scolaires, la collaboration est devenue une exigence. Elle permettrait de mettre à profit la complémentarité des expertises des personnels pour soutenir la réussite éducative et l’inclusion de tous les élèves. Or, en matière de collaboration dans les établissements scolaires, l’écart est grand entre les prescriptions et leur réalisation concrète, notamment en raison des rapports de pouvoir formels et informels. Cet écart peut être source de tensions et susciter une perte de sens du travail au regard de la culture d’une profession. Notre étude porte spécifiquement sur la situation des conseillères et conseillers d’orientation (CO). L’objectif de cette communication est de discuter, du lieu d’une recherche, la manière dont ces professionnel.le.s se saisissent des occasions de collaboration interprofessionnelle pour prendre du pouvoir sur l’organisation de leur travail et des services d’orientation au sein de leurs établissements. Nous appuyant sur un dispositif de clinique de l’activité, nous montrerons comment l’analyse de l’activité permet de rendre visibles les zones de pouvoir d’agir et d’entraves dans les espaces de collaboration. Puis, nous présenterons une analyse des espaces et pratiques d’advocacie mis en visibilité, voire conscientisés au cours du dispositif et les actions transformatives menées sur l’organisation du travail. Enfin, nous mettrons en rapport les affects et l'action politique dans les situations analysées.
Plusieurs recherches, sondages et lettres ouvertes tendent à montrer que la dimension humaine des services offerts dans les réseaux scolaires et sociosanitaires est en péril (Le Devoir, 2018; Lévesque, 2018; Rousseau, 2018). La « déshumanisation » des pratiques et l’« autoritarisme » de l’organisation des réseaux devenus « trop centralisée » sous l’effet de réformes souvent associées aux préceptes de la nouvelle gestion publique et aux approches de type Lean est particulièrement pointée du doigt (Grenier et Bourque, 2016; Maranda et al., 2014; Parazelli et Ruelland, 2017). Paradoxalement, les politiques en matière d’organisation de l’action publique en éducation et en santé et services sociaux reconnaissent l’importance de l’autonomie professionnelle, de la collaboration et de la participation des usagers, notamment lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des situations complexes (Couturier et Belzile, 2018). Vue comme une possibilité de mieux coordonner l’action publique et de mettre à profit la complémentarité des expertises, la collaboration devient un impératif organisationnel, professionnel et juridique pour les professionnels, les gestionnaires de même que les usagers et leurs proches. Les espaces de collaboration prescrite peuvent-ils être des lieux de démocratisation, c’est-à-dire des lieux de dialogue où chacun exprime librement son point de vue; de coconstruction des pratiques menant à des prises de décision collective; d’interreconnaissance des savoirs et des activités de chacun; agissant sur les inégalités sociales de pouvoir de manière à les réduire durant l’élaboration de problèmes et de solutions; consolidant le pouvoir d’agir collectif sur l’organisation de l’action publique? Comment les différents acteurs concernés peuvent-ils se saisir des occasions de collaboration pour démocratiser l’organisation de l’action publique; c’est-à-dire pour agir sur les mécanismes de reproduction d’inégalités sociales de pouvoir induite par un contexte organisationnel déterminé?
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