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Cunha Oliveira Ney Wendell : UQAM - Université du Québec à Montréal
La scène est un espace de création et de libération des émotions à travers des personnages et leurs histoires dramatisées. Les participants d’un processus de théâtre social ont souvent la chance d’exprimer leurs conflits personnels et leurs opinions sur la violence d’une façon théâtralisée et fictionnelle (Boal). L’être humain a besoin de jouer des personnages (Guénoun) afin d’explorer son monde à partir d’une pratique créative, sensible et affective. Dans cette communication, j’explorerai l’utilisation de la scène comme moyen artistique et pédagogique qui permet de parler de la violence chez les adolescents (Marfuz), principalement à l’école. D’abord, je présenterai une expérience brésilienne sur la prévention de la violence en milieu scolaire par la pratique du théâtre social. Ensuite, j’approfondirai le sujet à partir d’une analyse des éléments du langage dramatique (Ubersfeld) qui est vu comme moyen pédagogique et ludique facilitant la réduction des actes de violence. La prise de conscience attachée à la prise de parole guide le joueur sur scène à mieux comprendre sa relation avec soi-même et l’autre dans une perspective de vivre ensemble, dans une culture de dialogue et d’altérité.
Les questions dont nous débattrons ici ont d’abord été suscitées par l’essai de Jan Philipp Reemtsma, Confiance et violence (2011), qui cherche à élucider le problème philosophique suivant : comment est-il possible d’éprouver horreur et incompréhension face aux atrocités perpétrées au cours du XXe siècle, le plus violent de l’histoire, sans toutefois perdre confiance dans l’avenir de nos sociétés et le projet de vivre-ensemble qui les fonde? C’est justement autour de cette complexe tension entre violence passée et confiance future que s’articulera notre réflexion. Ainsi, nonobstant les théories qui constatent une diminution incontestable de la violence sous toutes ses formes à notre époque — pensons à l’ouvrage de Steven Pinker, La part d’ange en nous (2017) —, force est de constater que l’impression de violence quant à elle n’est pas prête de s’estomper. Or, parallèlement à cette simple impression alimentée par les médias, nous assistons à une prise de parole sans précédent qui investit l’espace public et qui est bel et bien ancrée dans une complexe réalité de violence psychologique, physique, sexuelle, économique et autre. Ainsi, notre colloque s’inscrit dans la foulée des récents mouvements de contestation, tels que Idle no More et #metoo, et entend participer au changement de paradigmes amorcé par ces mouvements. Nous croyons pertinent de profiter de l’impulsion du moment pour débattre d’enjeux qui ne sont certes pas nouveaux mais qui sont passés plus que jamais à l’avant-plan des préoccupations sociales. Du simple hashtag à la pièce de théâtre, de la chanson populaire à l’œuvre de fiction, du documentaire au mémorial, les innombrables déclinaisons de la mise en récit de la violence passée valorisent toutes une prise de parole par laquelle le sujet meurtri cherche à témoigner, à se reconstruire, à comprendre. Déjà, l’émergence des trauma studies et leur application à des champs de recherche de tous horizons depuis quelques trois décennies ont contribué à un éveil des consciences, bien au-delà de la sphère académique, quant aux répercussions destructrices de la violence. En ce sens, notre colloque poursuit le travail de reconnaissance de la voix des victimes telle que transmise par l’entremise de l’art, du travail social, de l’activisme.
Nous tâcherons d’abord de rendre compte d’une prise de parole et de sa mise en récit, d’explorer par quels procédés l’acte créatif parvient à transformer l’acte violent pour mieux le mettre à distance et l’assimiler. Nous ouvrirons ensuite le débat sur la notion de confiance, principalement, sur son rétablissement quand elle a été ébranlée, sur sa réparation quand elle a été brisée. À l’instar du mouvement #etmaintenant, né en réponse à #moiaussi et en écho à une approche de justice réparatrice dans le processus de guérison du mal engendré par la violence, nous croyons qu’un élan tourné vers l’avenir doit passer par une forme de dialogue fait d’échanges, d’écoute surtout, entre toutes les parties concernées.
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