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Frédéric Haesebaert : Université de Lyon
La France accuse un retard dans la diffusion des programmes pour les premiers épisodes de psychose (PEP) comparativement aux autres pays d’Europe. Pourtant la psychiatrie française comprend des atouts sur lesquels elle pourrait s’appuyer pour intégrer des programmes PEP, en particulier en termes d’accessibilité des soins. L’organisation de la psychiatrie adulte en France repose sur un découpage territorial initié dans les années 60 qui a émergé dans un contexte associant l’essor des psychotropes et de la psychanalyse. L’évolution de la compréhension des troubles, l’arrivée des neurosciences puis du mouvement du rétablissement impose de nouveaux défis organisationnels à la psychiatrie française. Les programmes d’intervention précoce s’appuient sur des consensus d’organisation définissant des réseaux de soin le plus souvent dédiés à des bassins de population plus grands qu’un secteur pour répondre à l’épidémiologie des troubles psychotiques. Ces programmes sont ciblés sur les premières années de psychose. La nature des interventions est standardisée et celles-ci doivent être adaptées à chaque phase de rétablissement de la personne. Ces différents principes viennent interroger l’organisation existante, imposant d’en redéfinir les contours et le contenu. Nous prendrons l’exemple de l’agglomération de Lyon et de la création d’un nouveau programme « premiers épisodes de psychose » pour analyser les défis posés par l’intervention précoce en France.
Avec la création de 10 nouvelles équipes PEP dans la dernière année, se concrétise au Québec ce qui est pour certains la plus importante révolution en santé mentale depuis le mouvement de désinstitutionnalisation. Ce modèle de soins précoces et préventifs employé dans les cliniques PEP peut améliorer significativement le pronostic clinique et fonctionnel des personnes aux prises avec un premier épisode psychotique (Correll et al., 2018). Paradoxalement, le déploiement de ces équipes semble s’être fait de façon précipitée et sans nécessairement miser sur des efforts de coordination entre les cliniques. Il devient urgent de réunir les différentes parties prenantes pour réfléchir collectivement à la planification optimale de l’implantation amorcée et éventuelle des cliniques PEP au Québec. Ce faisant, une telle démarche réflexive permettrait de préparer les cliniciens au changement de culture de pratique et d’organiser un leadership clinicoadministratif fort au sein des équipes en développement. Les objectifs du colloque consistent à : a) consolider le dialogue entre les chercheurs et les parties prenantes concernant les conditions de réussite de l’implantation actuelle des cliniques PEP; b) mettre à profit les connaissances scientifiques et expérientielles pouvant apporter une compréhension plus approfondie et des solutions pour les enjeux d’implantation et les enjeux cliniques; et c) produire un rapport de synthèse qui dégage des lignes directrices consensuelles tout en révélant les différences contextuelles. Nous proposons un colloque qui vise une réflexion structurée par l’entremise d’une conférence de consensus pour examiner sur quelle base planifier efficacement le grand chantier actuel portant sur le développement de cliniques PEP au Québec et, ce faisant, déterminer les meilleures pratiques qui pourraient être généralisées dans l’ensemble des cliniques. Les cliniques PEP ont été implantées ailleurs dans le monde; à cet égard, les Australiens sont la référence, et la réflexion, en considération des leçons apprises, sera éclairante pour étayer un argumentaire relativement consensuel tout en mettant en lumière les désaccords et les différences contextuelles. Le colloque débutera par un état des connaissances sur la science de l’implantation. Une discussion suivra sur les enjeux d’implantation et les enjeux cliniques (ateliers). La journée se terminera avec une discussion sur les pistes de solutions qui feront l’objet d’un rapport de synthèse.
Titre du colloque :