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Marie-Alice Belle : Université de Montréal
Première œuvre de Descartes composée en 1618, le court traité Compendium Musicae paraît à titre posthume en 1650 à Utrecht. Dès 1653, une traduction anglaise par le naturaliste Walter Charleton en voit le jour, publiée avec notes et commentaires par le très influent éditeur Humphrey Moseley. Il faut en revanche attendre 1668 pour qu’en paraisse une version française ouvertement remaniée et commentée par le père oratorien Nicolas-Joseph Poisson. Alors que la critique récente a mis en valeur la richesse de la réception du traité de Descartes auprès de la communauté scientifique anglaise, on en sait moins sur l’œuvre de Poisson et son influence auprès du lectorat français. Il s’agira ici de retracer le contexte de parution de ces deux traductions, et d’esquisser une étude comparative des lectures qu’elles proposent du traité. On verra en particulier comment le double ancrage de la conception cartésienne de l’harmonie, qui combine un modèle mathématique avec une réflexion sur les passions de l’âme, trouve des échos distincts de part et d’autre de la Manche, où la musique joue un rôle bien particulier dans les équilibres et déséquilibres du corps politique.
Au Québec, les études de généricité (gender studies) en littérature française se sont beaucoup développées et transformées depuis leur émergence dans les années 1980. En effet, on assiste à des changements de paradigme importants sur le plan théorique; les problématiques liées à la construction de la féminité et de la masculinité ne sont plus désormais pensées en termes d’oppositions binaires (féminin-masculin), mais sont envisagées selon un spectre analogique de degrés plus ou moins prononcés au regard d’un pôle ou de l’autre. Les travaux menés au cours des dernières décennies ont donc soulevé de nouveaux enjeux relatifs aux prises de parole des femmes, notamment sous l’Ancien Régime. Par exemple, les phénomènes de ventriloquie textuelle où des hommes font parler des femmes et où des femmes font parler des hommes suscitent des interrogations quant à la notion d’écriture féminine ou de parole féminine et mettent en cause le caractère essentialiste de ces notions. Or, le professeur Jean-Philippe Beaulieu, de l’Université de Montréal, a été l’un des premiers chercheurs francophones à avoir au Québec formulé ces nouvelles questions et exploré des corpus jusque-là négligés. Non seulement il a choisi de travailler sur les écrits inédits d’une femme du XVIe siècle, Hélisenne de Crenne, ce qui à la fin des années 1980 était un geste novateur pour l’époque, mais il a aussi coorganisé en 1992 le premier colloque international exclusivement consacré aux femmes écrivains de l’Ancien Régime. Cette première rencontre savante a été suivie de plusieurs autres. Tout au long de sa carrière, J.-P. Beaulieu a privilégié des sujets à l’avant-garde de la recherche dans le domaine des écrits de femmes et il est maintenant reconnu sur la scène internationale comme LE spécialiste des écrits d’Hélisenne de Crenne. Nous souhaitons profiter de son départ à la retraite pour faire le point sur les études dont il a été un précurseur et qui empruntent aujourd’hui des avenues diversifiées.
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