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À l’examen, au mérite ou à la preuve ? Les logiques discursives sous-tendant l’accès au programme de solidarité sociale

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Nadia Giguère : CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal

Résumé de la communication

Au Québec, le programme de solidarité sociale est accessible aux personnes ayant une contrainte sévère à l’emploi reconnue par un médecin et par le Ministère du travail, de l’emploi et de la solidarité sociale (MTESS). Le processus médico-administratif d'accès à ce programme implique des démarches anxiogènes pour les requérants. Deux logiques justifient néanmoins leur persistance dans cette bataille: 1) une d’ayant-droit, basée sur la preuve médicale de la contrainte à l’emploi; et 2) une de justice sociale, basée sur la démonstration de l’incapacité à obtenir/conserver un emploi. En filigrane se dessinent des logiques de solidarisation/différenciation avec d’autres catégories de bénéficiaires. Ces logiques discursives se retrouvent également chez les professionnels de la santé et des services sociaux à qui on demande d’évaluer la contrainte à l’emploi et dans les énoncés de programmes du MTESS. L’appropriation différentielle de ces logiques, par les requérants comme par les professionnels régulant l’accès au programme, donne à voir la ténacité du débat opposant la responsabilisation individuelle –ou la responsabilisation vers l’emploi – au droit inconditionnel à l’aide sociale, mais révèle aussi quelques brèches, donnant à penser qu’on peut briser le paradigme interprétatif opposant les bénéficiaires « méritants » à ceux jugés « aptes au travail » et voir émerger une réelle logique de solidarité sociale, traversant les discours, les pratiques et les politiques sociales.

Résumé du colloque

Le dispositif contemporain d’aide sociale prend racine dans une longue tradition d’assistance, dont les filiations sont multiples et hétérogènes (Labrie, 2016). Au Québec, aujourd’hui encore, des logiques distinctes continuent de façonner le système d’aide sociale, empruntant à la fois au registre séculaire de la charité, à celui plus récent de l’universalité des droits, et, de plus en plus, à la rationalité néolibérale, faisant de l’État un entremetteur du marché et faisant des individus des entrepreneurs d’eux-mêmes (Merrien, 2005). Ces univers de sens s’entrecroisent à différents niveaux, que ce soit celui des politiques et des discours publics, des institutions de régulation et de contrôle, des collectifs qui se forment en résistance aux injustices, ou encore celui des individus dont les trajectoires et les identités se construisent par et à travers ces référents.

Dans un contexte postfordiste et postprovidentialiste, comprendre la fonction des dispositifs d’assistance est une question qui s’impose aux sciences sociales. Dans les dernières décennies, les réformes qui se sont succédé au Québec ont érodé le caractère universel du droit à l’assistance, affirmé dans la loi fondatrice de 1969. Prenant un visage de plus en plus punitif, le dispositif de l’aide sociale est également de plus en plus conçu à travers le prisme des besoins du marché de l’emploi. La multiplication des programmes et des mesures d’employabilité, la division des prestataires en catégories et la coercition appliquée sur ceux-ci pour les amener à adopter certains comportements sont des indicateurs d’un virage dont nous devons encore mesurer les conséquences sur la société et les individus.

Dans ce contexte, ce colloque a pour objectifs de :

1) Faire un état des lieux des connaissances sur les dispositifs de l’aide sociale au Québec afin de faire la lumière sur les trajectoires individuelles, d’éclairer les mobilisations actuelles et de mettre en relation les diverses dimensions de ces dispositifs;

2) Ouvrir un dialogue entre chercheurs et chercheuses de différentes disciplines et différents ancrages théoriques autour d’un objet commun d’actualité.

Labrie, V. (2016). La hauteur de la barre à l’aide sociale : quelques jalons de 1969 à aujourd’hui. Institut de recherche et d’informations socioéconomiques. http://iris-recherche.qc.ca/publications/pl70-doc-de-reflexion.

Merrien, F.-X., R. Parchet et A. Kernen (2005). L’État social : une perspective internationale. Paris, Collin.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 28 mai 2019

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