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Alexandre Buysse : Université Laval
La dénonciation de l’appropriation culturelle peut être vue non seulement comme une tentative pour que justice soit rendue en réparation des torts subis, mais aussi comme une stratégie de valorisation identitaire en s’appropriant l’exclusivité de certaines productions culturelles ou la spécificité d’événements historiques.) élevées au rang de symboles identitaires (Maalouf, 1998). Sujet complexe et particulièrement sensible, la question de l’appropriation culturelle renvoie donc à l’identité, mais celle-ci nous conduit vers la problématique des mondes représentés, dans la mesure où une représentation symboliquedépend du vécu des peuples impliqués. Ceci, à son tour, pose la question de l’élaboration de leur culture, processus de tout temps éminemment dynamique, et du partageinterculturel. Bref, tout un horizon de questionnements se déploie désormais. Nous souhaitons ici mettre en lumière l’origine et les diverses dimensions du débat. Plus encore, nous soulignerons ce que la quête de reconnaissance et de justice réparatrice des groupes marginalisés laisse dans l’ombre, ce qu’elle occulte en quelque sorte. Nous pensons notamment aux inégalités économiques et au projet d’émancipation collective que l’Occident a porté pendant des décennies (Beauchemin, 2004; Steiner, 2000; Taylor, 1998; Todorov, 2006). Notre intervention vise à fournir des pistes pour alimenter la réflexion de tous et chacun.
Les récentes contestations publiques, qui ont conduit au Québec à l’interdiction des pièces de théâtre Slav et Kanata, sous motif que le metteur en scène et son équipe s’appropriaient culturellement l’histoire des esclaves noirs et des communautés autochtones, nous amènent à réfléchir sur les diverses significations historiques, politiques, juridiques, sociales et éthiques des revendications des groupes historiquement marginalisés.
Ces groupes, historiquement dominés, mènent aujourd’hui une quête qui va au-delà de la reconnaissance formelle des souffrances qu’elles ont subies dans le passé. En effet, au nom d’une justice réparatrice, elles imposent une sacralisation du passé et des bénéfices financiers et symboliques. Or, comme le souligne Tzvetan Todorov : « Le devoir de mémoire est le devoir de rendre justice, par le souvenir, à un autre que soi. […] La victime dont il est ici question, c’est la victime autre, autre que nous. » (1995 : 108). Se positionner en victime suffit-il pour réparer les souffrances du passé? Est-ce que les excuses suffisent pour passer par-dessus les politiques d’assimilation des autochtones canadiens? La sacralisation du patrimoine autochtone leur permet-elle de continuer à construire leur identité? Quelle partie de leur patrimoine culturel doit être protégée?
Ce colloque propose d’examiner l’évolution discursive des groupes qui utilisent l’appropriation culturelle, à l’instar des Autochtones (Noirs, homosexuels, immigrants, femmes et autres minorités soumis à un pouvoir politique), en lien avec leur constante redéfinition identitaire. Les conférenciers sont invités, d’une part, à réfléchir à ces enjeux à partir d’exemples concrets et, d’autre part, à approfondir les concepts inhérents à ce débat comme ceux d’acculturation, d’assimilation, de reculturation, d’appropriation culturelle, de white culture & white art, d’identité, etc.
Thème du colloque :