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Denis Jeffrey : Université Laval
Dans cette présentation, nous partirons de l’idée qu’il est préférable de s’appuyer sur les orientations philosophiques, éthiques et sociales du perspectivisme méthodologique pour contrer l’appropriation culturelle des interprétations de soi. Cela nous amène à définir l’éthique des productions de savoir. Non pas pour déterminer leur validité scientifique, mais plutôt pour analyser la régulation de leur usage moral, social et politique. Nous pourrons alors nous intéresser à l’interdit de construire et de faire usage de savoirs provenant d’une culture minoritaire, ayant en vue que certains tenants sacralisent les savoirs sur leur histoire et interdisent à quiconque d’en parler, positivement ou négativement. Bref, nous nous proposons de définir ce que pourrait être une éthique des productions des savoirs dans le contexte du débat sur l’appropriation culturelle.
Les récentes contestations publiques, qui ont conduit au Québec à l’interdiction des pièces de théâtre Slav et Kanata, sous motif que le metteur en scène et son équipe s’appropriaient culturellement l’histoire des esclaves noirs et des communautés autochtones, nous amènent à réfléchir sur les diverses significations historiques, politiques, juridiques, sociales et éthiques des revendications des groupes historiquement marginalisés.
Ces groupes, historiquement dominés, mènent aujourd’hui une quête qui va au-delà de la reconnaissance formelle des souffrances qu’elles ont subies dans le passé. En effet, au nom d’une justice réparatrice, elles imposent une sacralisation du passé et des bénéfices financiers et symboliques. Or, comme le souligne Tzvetan Todorov : « Le devoir de mémoire est le devoir de rendre justice, par le souvenir, à un autre que soi. […] La victime dont il est ici question, c’est la victime autre, autre que nous. » (1995 : 108). Se positionner en victime suffit-il pour réparer les souffrances du passé? Est-ce que les excuses suffisent pour passer par-dessus les politiques d’assimilation des autochtones canadiens? La sacralisation du patrimoine autochtone leur permet-elle de continuer à construire leur identité? Quelle partie de leur patrimoine culturel doit être protégée?
Ce colloque propose d’examiner l’évolution discursive des groupes qui utilisent l’appropriation culturelle, à l’instar des Autochtones (Noirs, homosexuels, immigrants, femmes et autres minorités soumis à un pouvoir politique), en lien avec leur constante redéfinition identitaire. Les conférenciers sont invités, d’une part, à réfléchir à ces enjeux à partir d’exemples concrets et, d’autre part, à approfondir les concepts inhérents à ce débat comme ceux d’acculturation, d’assimilation, de reculturation, d’appropriation culturelle, de white culture & white art, d’identité, etc.
Titre du colloque :