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« Don’t Nuke The Climate ». La construction d’une parole médiatique légitime sur le futur de l’industrie nucléaire par les mouvements anti-nucléaires belges et européens

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Nadège Broustau : Université libre de Bruxelles

Résumé de la communication

Au début des années 2010, les acteurs de l’industrie nucléaire globale (Kinsella 2015) ont recadré leur discours autour de l’idée que le nucléaire permet d'atteindre les objectifs « low carbon » de Kyoto et de Paris. Cette stratégie a donné lieu à la campagne de communication « Nuclear4Climate », lors de la COP24 en 2018. Cela a en retour suscité la mobilisation d’acteurs anti-nucléaire dénonçant l’instrumentalisation argumentative des changements climatiques, notamment la prolongation, en 2015, des vieux réacteurs nucléaires belges sous couvert d’atteindre des objectifs environnementaux. En réaction, les mouvements anti-nucléaires belges et européens ont mis en place des stratégies de communication médiatiques pour construire une parole médiatique légitime face à un discours dominant se présentant comme éthique.

Nous basant sur un terrain (2013 à 2019), nous montrerons la manière différenciée dont les militants anti-nucléaires utilisent des outils de communications numériques variés pour diffuser leur message et mobiliser la population contre l’idée du « Nuclear4Climate ». Nous montrons comment ces acteurs alternent des discours de type expert et des discours émotionnels pour construire une identité propre et légitime et accéder aux médias traditionnels. Dans une perspective interactionniste de l’espace public, notre analyse fait écho aux débats sur la transformation du rôle de gatekeeper des journalistes, spécialement dans les questions techniques et environnementales.

Résumé du colloque

La thématique environnementale et celle corrélative de la crise écologique ont acquis une centralité incontournable dans l’économie générale des discours publics contemporains. La quasi-totalité des disciplines des sciences naturelles, des sciences formelles et des sciences humaines et sociales s’en sont saisies sans que cette profusion de production savante soit en prise directe avec l’univers concret des politiques publiques et des pratiques citoyennes.

À côté de cette production savante, la place que les enjeux environnementaux ont prise dans l’univers des interactions sociales interpersonnelles et médiatisées a parallèlement crû de manière exponentielle depuis ces dernières décennies. L’environnement en est ainsi arrivé à acquérir une place centrale dans le panorama des communications publiques et sociales un peu partout dans le monde.

Différentes catégories d’acteurs (politiques, industriels, groupes de pression, citoyens, médias, experts, etc.) tentent de structurer le débat public en fonction de leurs attentes, de leurs intérêts et des moyens dont ils disposent. Ainsi en est venu à se développer et à se structurer un nouveau domaine nommé « communication environnementale ».

Au sein de ce domaine qui est conjointement un champ d’investigations scientifiques et un univers de pratiques (professionnelles et amateures), à ce jour l’un des enjeux les plus importants qualitativement et quantitativement est celui des changements climatiques. En raison, d’un côté, de sa portée globale et, de l’autre, des impacts bien réels des dérèglements dont le climat est l’objet, il cristallise des positionnements politiques, juridiques, économiques et éthiques très contrastés qui expliquent en partie pourquoi il y a une telle distance entre le consensus scientifique auquel sont parvenus les scientifiques sur les causes anthropiques du changement climatique et la prise de mesures concrètes susceptibles de ralentir, à défaut d’y remédier, le réchauffement climatique.

Le colloque est l’occasion de réfléchir collectivement à l’articulation des dimensions communicationnelles ou médiatiques et environnementales dans les espaces publics relativement à la thématique du changement climatique. Partant d’une définition a minima de l’environnement comme commun global (corrélativement à des nuisances communes globales comme la pollution) articulant à une échelle donnée : 1) une communauté; 2) une ressource partagée; 3) des modes spécifiques de gouvernance, le colloque sera l’occasion de croiser les perspectives sur les différents éclairages possibles sur l’articulation de ces deux formes de ressource que sont l’environnement et la communication.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 28 mai 2019

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