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Hélène CAZES : University of Victoria
Avec la série de récits graphiques Persepolis (2000-2003), Marjane Satrapi a changé le paysage éditorial français de la bande dessinée : femme, iranienne, elle proposait quatre chapitres autobiographiques en noir et blanc qui tranchaient par leur genre, leur langage graphique et leur sujet avec les traditions de la bande dessinée. Entre 2006 et 2011, l’artiste libanaise Zeina Abirached publie elle aussi des chapitres autobiographiques, ici encore hors des genres et styles passés en tradition.
L’analyse des procédés et effets de ces récits graphiques met en avant des spécificités poétiques, rhétoriques et génériques—l’espace hors cadre et hors cases, l’usage de lignes courbes, les répétitions de motifs graphiques— de ces deux autobiographies féminines : Satrapi et Abirached inventent-elles un « système » graphique pour dire le féminin dans la bande dessinée ? Les références et traits orientaux du dessin tiennent-ils un discours politique sur la décolonisation et l’exil ? Refus des formes imposées, l’écriture hors des cases permet-elle de déplacer les frontières et d’échapper aux oppressions ?
Afin de ne pas projeter sur ces écritures nos propres interrogations sur la parole féminine ou nos représentations héritées de l’ère coloniale sur l’Orient, nous proposerons une lecture serrée des pactes de lecture et du langage graphique de ces deux autobiographies, afin de définir en précision les enjeux génériques de leur poétique narrative.
Au Québec, les études de généricité (gender studies) en littérature française se sont beaucoup développées et transformées depuis leur émergence dans les années 1980. En effet, on assiste à des changements de paradigme importants sur le plan théorique; les problématiques liées à la construction de la féminité et de la masculinité ne sont plus désormais pensées en termes d’oppositions binaires (féminin-masculin), mais sont envisagées selon un spectre analogique de degrés plus ou moins prononcés au regard d’un pôle ou de l’autre. Les travaux menés au cours des dernières décennies ont donc soulevé de nouveaux enjeux relatifs aux prises de parole des femmes, notamment sous l’Ancien Régime. Par exemple, les phénomènes de ventriloquie textuelle où des hommes font parler des femmes et où des femmes font parler des hommes suscitent des interrogations quant à la notion d’écriture féminine ou de parole féminine et mettent en cause le caractère essentialiste de ces notions. Or, le professeur Jean-Philippe Beaulieu, de l’Université de Montréal, a été l’un des premiers chercheurs francophones à avoir au Québec formulé ces nouvelles questions et exploré des corpus jusque-là négligés. Non seulement il a choisi de travailler sur les écrits inédits d’une femme du XVIe siècle, Hélisenne de Crenne, ce qui à la fin des années 1980 était un geste novateur pour l’époque, mais il a aussi coorganisé en 1992 le premier colloque international exclusivement consacré aux femmes écrivains de l’Ancien Régime. Cette première rencontre savante a été suivie de plusieurs autres. Tout au long de sa carrière, J.-P. Beaulieu a privilégié des sujets à l’avant-garde de la recherche dans le domaine des écrits de femmes et il est maintenant reconnu sur la scène internationale comme LE spécialiste des écrits d’Hélisenne de Crenne. Nous souhaitons profiter de son départ à la retraite pour faire le point sur les études dont il a été un précurseur et qui empruntent aujourd’hui des avenues diversifiées.
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Thème du colloque :