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Helga Bories-Sawala : Universität Bremen
Depuis les manuels scolaires des années 1970 à aujourd’hui la représentation des Autochtones dans l’histoire du Québec et du Canada a beaucoup évolué. L’ouvrage désormais classique de Sylvie Vincent et Bernard Arcand (1979) avait démontrécomment l’image du « sauvage » qu’il soit présenté comme savant et serviable, cruel guerrier ou habile négociateur, arriéré et naïf ou fourbe et dangereux, selon la conjoncture historique, s’avère uniquement définie selon la perspective euro-américaine. Isolés de ce contexte, les aspects les plus spectaculaires de l’internement forcé des enfants autochtones suscitent plus la commisération que des connaissances historiques précises sur la dépossession territoriale, la marginalisation économique et la privation de droits politiques qui ont accompagné l’assimilation culturelle. Ainsi la question se pose comment la conscientisation sur le tort historique de l’assimilation forcée et la compassion devant la souffrance humaine peuvent aller de pair sans la «double dérive de la rétroactivité sans limites et la victimisation générale du passé » (Nora 2006) qui, une fois de plus, nierait l’agentivité des Autochtones dans l’histoire canadienne et québécoise. «Comprendre que le changement social qui se donne à voir est aussi le produit de l’action des Autochtones et non pas seulement le résultat d’un déterminisme » (Martin 2009) voici une approche qui rendrait à ceux-ci leur dignité d’acteurs historiques.
Les récentes contestations publiques, qui ont conduit au Québec à l’interdiction des pièces de théâtre Slav et Kanata, sous motif que le metteur en scène et son équipe s’appropriaient culturellement l’histoire des esclaves noirs et des communautés autochtones, nous amènent à réfléchir sur les diverses significations historiques, politiques, juridiques, sociales et éthiques des revendications des groupes historiquement marginalisés.
Ces groupes, historiquement dominés, mènent aujourd’hui une quête qui va au-delà de la reconnaissance formelle des souffrances qu’elles ont subies dans le passé. En effet, au nom d’une justice réparatrice, elles imposent une sacralisation du passé et des bénéfices financiers et symboliques. Or, comme le souligne Tzvetan Todorov : « Le devoir de mémoire est le devoir de rendre justice, par le souvenir, à un autre que soi. […] La victime dont il est ici question, c’est la victime autre, autre que nous. » (1995 : 108). Se positionner en victime suffit-il pour réparer les souffrances du passé? Est-ce que les excuses suffisent pour passer par-dessus les politiques d’assimilation des autochtones canadiens? La sacralisation du patrimoine autochtone leur permet-elle de continuer à construire leur identité? Quelle partie de leur patrimoine culturel doit être protégée?
Ce colloque propose d’examiner l’évolution discursive des groupes qui utilisent l’appropriation culturelle, à l’instar des Autochtones (Noirs, homosexuels, immigrants, femmes et autres minorités soumis à un pouvoir politique), en lien avec leur constante redéfinition identitaire. Les conférenciers sont invités, d’une part, à réfléchir à ces enjeux à partir d’exemples concrets et, d’autre part, à approfondir les concepts inhérents à ce débat comme ceux d’acculturation, d’assimilation, de reculturation, d’appropriation culturelle, de white culture & white art, d’identité, etc.
Titre du colloque :