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Catherine Chesnay : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

L’actuel mode de gouvernance néolibéral se traduit par tout un arsenal de techniques pénales qui réduisent les fonctions de protection et de solidarité sociale de l’État au profit de fonctions de sécurité et d’ordre public. Cette présentation s’inscrit dans les écrits sur les dispositifs punitifs en dehors du droit pénal, afin de montrer les tenants et les aboutissants de la logique punitive qui se déploie au sein du système d'aide sociale. Plus précisément, elle se penchera sur les expériences des personnes qui ont été assistées sociales et qui ont fait l’objet de sanctions. Dans un premier temps, elle présentera les contours des expériences de sanction vécues par les personnes concernées. Ainsi, il s'agira de démontrer comment, au-delà des sanctions strictement prévues dans la Loi sur l'aide aux personnes et aux familles, diverses mesures administratives sont vécues comme des sanctions (par exemple, demandes répétées de documents). Dans un second temps, elle présentera les formes et les effets de ces sanctions sur un échantillon d’une trentaine de personnes interviewées entre mars et octobre 2018.

Résumé du colloque

Le dispositif contemporain d’aide sociale prend racine dans une longue tradition d’assistance, dont les filiations sont multiples et hétérogènes (Labrie, 2016). Au Québec, aujourd’hui encore, des logiques distinctes continuent de façonner le système d’aide sociale, empruntant à la fois au registre séculaire de la charité, à celui plus récent de l’universalité des droits, et, de plus en plus, à la rationalité néolibérale, faisant de l’État un entremetteur du marché et faisant des individus des entrepreneurs d’eux-mêmes (Merrien, 2005). Ces univers de sens s’entrecroisent à différents niveaux, que ce soit celui des politiques et des discours publics, des institutions de régulation et de contrôle, des collectifs qui se forment en résistance aux injustices, ou encore celui des individus dont les trajectoires et les identités se construisent par et à travers ces référents.

Dans un contexte postfordiste et postprovidentialiste, comprendre la fonction des dispositifs d’assistance est une question qui s’impose aux sciences sociales. Dans les dernières décennies, les réformes qui se sont succédé au Québec ont érodé le caractère universel du droit à l’assistance, affirmé dans la loi fondatrice de 1969. Prenant un visage de plus en plus punitif, le dispositif de l’aide sociale est également de plus en plus conçu à travers le prisme des besoins du marché de l’emploi. La multiplication des programmes et des mesures d’employabilité, la division des prestataires en catégories et la coercition appliquée sur ceux-ci pour les amener à adopter certains comportements sont des indicateurs d’un virage dont nous devons encore mesurer les conséquences sur la société et les individus.

Dans ce contexte, ce colloque a pour objectifs de :

1) Faire un état des lieux des connaissances sur les dispositifs de l’aide sociale au Québec afin de faire la lumière sur les trajectoires individuelles, d’éclairer les mobilisations actuelles et de mettre en relation les diverses dimensions de ces dispositifs;

2) Ouvrir un dialogue entre chercheurs et chercheuses de différentes disciplines et différents ancrages théoriques autour d’un objet commun d’actualité.

Labrie, V. (2016). La hauteur de la barre à l’aide sociale : quelques jalons de 1969 à aujourd’hui. Institut de recherche et d’informations socioéconomiques. http://iris-recherche.qc.ca/publications/pl70-doc-de-reflexion.

Merrien, F.-X., R. Parchet et A. Kernen (2005). L’État social : une perspective internationale. Paris, Collin.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 28 mai 2019

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