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Exploration de la force performative des écritures de soi par une recherche-création : Rencontres entre quatre «co-écrivantes»

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Karine Bellerive : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Maintes chercheures ont montré que c’est beaucoup par les écritures de soi que les femmes ont rendu visibles leurs expériences et dénaturalisé les régimes de vérité qui les ont longtemps tenues en marge (Smart 2014; Boisclair 2004). À partir d’une démarche de recherche-création (Chapman & Sawchuk 2012), je propose à leur suite de réfléchir à la force performative (Butler 2005) des écritures de soi - et plus spécifiquement aux mécanismes sensoriels, émotionnels, esthétiques qui les sous-tendent et qu’ils génèrent (Culler 2016). M’éloignant de l’étude des représentations, j’envisage qu’elles procèdent moins du «reflet» de l’intériorité que du «devenir» : «Writing is […] always in the midst of being formed, and goes beyond the matter of any livable or lived experience. It is a process, that is, a passage of Life that traverses both the livable and the lived.» (Deleuze 1997)
Dans la foulée des études culturelles du vieillissement, j’ai conçu un dispositif méthodologique singulier, que j’entends interroger. Pour observer des processus d’écritures de soi «en train de se faire», j’ai créé quatre «agencements littéraires» (Deleuze et Guattari 1975) composés d’une femme et de son père atteint d’Alzheimer. Mes trois «coécrivantes» et moi produisons chacune deux récits de soi recelant des traces d’un échange épistolaire que nous entretenons avec notre père. Nous façonnons et fictionnalisons à notre guise cette matière, détournant ainsi les conventions propres aux genres littéraires.

Résumé du colloque

Ce colloque, organisé par l’Association pour la recherche qualitative (ARQ) en collaboration avec le Groupe de recherche sur la pratique de la stratégie (GÉPS-HEC Montréal), vise à réfléchir sur les méthodologies qualitatives déployées pour comprendre les dimensions sensorielles, émotionnelles et esthétiques de la pratique, soit la manière dont les êtres humains utilisent leurs connaissances pour accomplir leurs activités. Une attention particulière sera portée aux diverses méthodes par lesquelles les acteurs, qu’il s’agisse des sujets de recherche, des professionnels ou des activistes qui les entourent, participent à la recherche qualitative portant sur ces dimensions de la pratique. Dans les dernières années, plusieurs champs de recherche ont agrandi leurs territoires en intégrant des dimensions fondamentales de la pratique qui prennent vie à travers le corps et qu’on ne peut pas toujours verbaliser ou identifier clairement (Pink, 2015). C’est le cas de la multisensorialité de l’expérience, des émotions et de l’esthétique. Ces dimensions de la pratique posent des défis majeurs en recherche qualitative, car il s’agit de saisir ce qui est invisible et imprévu; bref, ce dont on ne pense pas utile de tenir compte ou de mentionner et qui est ressenti plutôt que verbalisé. Or, ces dimensions de la pratique ont de plus en plus de résonance dans les connaissances disciplinaires et appliquées. Les recherches impliquant la sensorialité, les émotions et l’esthétique ont connu un intérêt croissant dans les sciences sociales et humaines que sont la sociologie (Goodwin, 2001; Howes et Classen, 2013; Vannini et al., 2013), l’anthropologie (Gélard, 2016; Ingold et Howes, 2011), la géographie (Bender, 2002; Davidson et Milligan, 2004), l’éducation (Filliettaz, 2007), la santé (Le Breton, 2011; Lupton, 2017), la gestion (Strati, 2007; Nicolini, 2007), la communication (Moriceau, 2016; Grosjean, 2016), et le design et les arts (Stigliani et Ravasi, 2018).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
manager icon Responsables :
Sylvie Grosjean
section icon Date : 28 mai 2019

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