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Yves Bergeron : UQAM - Université du Québec à Montréal
Au cours des dernières décennies la notion de patrimoine s’est considérablement démocratisée en intégrants de nouvelles dimensions qui viennent à la fois enrichir et complexifier ce concept que l’on a longtemps cru immuable. Si la notion de « monument » reste toujours bien présente, elle ne constitue plus la seule approche possible afin de déterminer la valeur patrimoniale d’un objet. La loi sur le patrimoine culturel adoptée par le gouvernement du Québec en 2011 a intégré le concept de patrimoine immatériel. Conséquemment à cet élargissement du champ de responsabilités, le patrimoine se conjugue maintenant au pluriel de sorte que les universités doivent envisager la recherche et la formation en patrimoine dans de nouvelles perspectives. Un véritable dialogue s’est engagé entre disciplines qui revendiquent depuis longtemps le territoire du patrimoine. On constate qu’il est devenu complexe de cartographier le terrain du patrimoine qui relève à la fois de la culture et de la nature. Cette communication propose de revisiter les territoires du patrimoine sous l’angle des disciplines universitaires. Nous proposons une nouvelle cartographie des repères, bornes et stigmates qui constituent les nouvelles frontières aux confins de l’univers du patrimoine.
Les frontières reviennent en force, elles se multiplient et se durcissent, malgré la promesse de leur ouverture, voire de leur disparition avec la mondialisation, une mobilité accrue et une démocratisation des technologies de communication. Le concept de frontière concerne les relations entre l’espace et la société. Ensuite, la frontière est la limite entre deux choses différentes, elle est ce qui délimite, départage. Le patrimoine, par son potentiel à marquer les frontières culturelles, participe aux enjeux urbains, muséaux, artistiques ou géographiques. Outre le patrimoine qui trace la frontière d’une identité locale, régionale ou nationale, le patrimoine peut être source de dialogue. C’est cette projection prometteuse qui favorise tant son actualisation que sa transmission. En quoi le patrimoine culturel représente-t-il le potentiel du dialogue interdisciplinaire, interculturel, intergénérationnel? Comment cohabite la pluralité des patrimoines politique, culturelle, linguistique, historique, notamment dans les régions frontalières? La notion de la région frontalière renverrait tant au caractère administratif d’un territoire qu’aux frontières des disciplines investies dans le champ patrimonial. Autrement dit, la problématique mise de l’avant concerne la gouvernance du patrimoine, mais aussi les propositions théoriques ou empiriques relatives à son étude et à sa médiation. Si la frontière comme le patrimoine sont les constructions, comment s’articulent les limites du patrimoine et de ses études? En fait, le patrimoine est à la fois ouvert et fermé au dialogue : d’une part, tout est potentiellement le patrimoine et, de l’autre, le patrimoine relève de lois strictes qui régissent sa désignation (acquisitions et intégrations aux collections muséales, reconnaissance gouvernementale ou municipale). Comment les institutions comme les universités participent-elles à la préservation et à la valorisation des patrimoines?
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