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Sid Ahmed Soussi : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication, qui s’appuie sur une recherche sur les conditions de séjour et de travail des travailleurs migrants temporaires (TMT) au Québec, rend compte des tentatives de soutien à ces travailleurs menées par un réseau d’organisations (syndicats, ONG, diocèses, etc.) dont l’éventail des initiatives génère diverses tensions politiques et relationnelles. Plusieurs de ces initiatives apparaissent comme des innovations sociales, même si leurs tensions se révèlent précisément dans leur difficulté à influencer l’Action publique et ses dispositifs. Cette incapacité n’est pas due seulement à la rétivité des décideurs institutionnels. Il y a un autre écueil majeur : les politiques publiques canadiennes sont en phase avec un solide consensus international sur les flux migratoires du travail et dont la remise en question relève de la gageure. Le Programme des travailleurs étrangers temporaires obéit aux trois principes sacro-saints de l’Organisation internationale pour les migrations. La circularité: les TMT doivent rentrer chez eux pour une période blanche avant de postuler pour un emploi; la durée du séjour est toujours limitée, même si l’emploi est permanent; enfin le permis nominatif, au cœur de cette dynamique qui subordonne nominativement l’employé à son employeur unique, singularise une relation d’emploi échappant à la plupart des normes du travail locales et bloque la syndicalisation en privant les TMT d’autres droits sociaux auxquels ont accès les salariés résidents.
Les changements politiques contemporains se manifestent par la promotion de modes d’action publique qui mettent au second plan le rôle régulateur de l’État et le dialogue avec la société civile organisée, tout en mettant à l’épreuve la solidarité et la cohésion sociales. Si les innovations sociales sont souvent nées dans de telles configurations, ces contraintes représentent néanmoins des défis de taille tant pour les praticien-ne-s que pour les chercheur-se-s. La capacité des innovations sociales à conduire à des transformations sociales et à de l’action publique, ou à constituer une forme de résistance à l’effritement du lien social, est ainsi de nouveau remise en question. Le but de ce colloque est de comprendre comment l’arrimage recherche-terrain permet aux acteurs de se repositionner dans un environnement en mutation et de produire des connaissances et des pratiques transformatrices. Ces défis se déclinent sur plusieurs plans :
- L’économie sociale et les autres organisations collectives sont interrogées sur leur capacité de développer une action autonome et sur leur rapport à un État qui semble moins porté vers les modèles à but non lucratif qu’il l’a déjà été.
- Les territoires, dont les instances de concertation et de développement, souvent mises à mal par les nouvelles orientations politiques, doivent trouver de nouvelles avenues pour préserver les solidarités, assurer une transition écologique et penser leur développement social.
- Le travail et ses acteurs subissent ces changements à travers la déstabilisation tant du statut salarial que des institutions syndicales.
Ces questions conduisent à s’interroger sur les pratiques et sur le rôle des établissements d’enseignement supérieur comme miroir critique et comme incubateur d’innovations sociales. Ce colloque invite également à analyser l’action spécifique de ces « passeurs » et « opérateurs » du dialogue savoirs-société, qu’ils soient assimilés au domaine universitaire ou à la pratique sociale.
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