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Lucie Lamarche : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le régime québécois d’aide de dernier recours - fête cette année (2019) son demi-siècle d’existence. D’abord conçu comme un dispositif destiné à combler les besoins des ménages en situation de dénuement quasi-total, ce régime a évolué à travers les méandres de la catégorisation des ménages pauvres jusqu’à plus soif. Aujourd’hui, les gouvernements québécois et fédéral arrivent à maintenir au-dessus de la ligne dite de pauvreté la majorité des ménages québécois économiquement vulnérables. A gauche comme à droite, on est tenté de décrire cet état de fait comme le triomphe d’une stratégie de revenu minimum garanti.
L’enjeu est bien plus fondamental. En effet, la fiscalisation du social fait du revenu du ménage – et non de la décence du travail dont est tiré un revenu – l’élément opérateur de la lutte contre la pauvreté. Ce subtil stratagème est par ailleurs dignifié au nom de la lutte contre la pauvreté des enfants, laissant ainsi en rade la dignité de leurs parents.
La présente proposition souhaite appliquer aux faits une analyse issue du cadre de référence des droits humains, étant entendu qu’il reste peu à dire du régime québécois dit d’assistance sociale. Dans ce contexte, la pauvreté devient la cause et la conséquence des violations de ces droits et non plus l’objet de la lutte sociale.
Le dispositif contemporain d’aide sociale prend racine dans une longue tradition d’assistance, dont les filiations sont multiples et hétérogènes (Labrie, 2016). Au Québec, aujourd’hui encore, des logiques distinctes continuent de façonner le système d’aide sociale, empruntant à la fois au registre séculaire de la charité, à celui plus récent de l’universalité des droits, et, de plus en plus, à la rationalité néolibérale, faisant de l’État un entremetteur du marché et faisant des individus des entrepreneurs d’eux-mêmes (Merrien, 2005). Ces univers de sens s’entrecroisent à différents niveaux, que ce soit celui des politiques et des discours publics, des institutions de régulation et de contrôle, des collectifs qui se forment en résistance aux injustices, ou encore celui des individus dont les trajectoires et les identités se construisent par et à travers ces référents.
Dans un contexte postfordiste et postprovidentialiste, comprendre la fonction des dispositifs d’assistance est une question qui s’impose aux sciences sociales. Dans les dernières décennies, les réformes qui se sont succédé au Québec ont érodé le caractère universel du droit à l’assistance, affirmé dans la loi fondatrice de 1969. Prenant un visage de plus en plus punitif, le dispositif de l’aide sociale est également de plus en plus conçu à travers le prisme des besoins du marché de l’emploi. La multiplication des programmes et des mesures d’employabilité, la division des prestataires en catégories et la coercition appliquée sur ceux-ci pour les amener à adopter certains comportements sont des indicateurs d’un virage dont nous devons encore mesurer les conséquences sur la société et les individus.
Dans ce contexte, ce colloque a pour objectifs de :
1) Faire un état des lieux des connaissances sur les dispositifs de l’aide sociale au Québec afin de faire la lumière sur les trajectoires individuelles, d’éclairer les mobilisations actuelles et de mettre en relation les diverses dimensions de ces dispositifs;
2) Ouvrir un dialogue entre chercheurs et chercheuses de différentes disciplines et différents ancrages théoriques autour d’un objet commun d’actualité.
Labrie, V. (2016). La hauteur de la barre à l’aide sociale : quelques jalons de 1969 à aujourd’hui. Institut de recherche et d’informations socioéconomiques. http://iris-recherche.qc.ca/publications/pl70-doc-de-reflexion.
Merrien, F.-X., R. Parchet et A. Kernen (2005). L’État social : une perspective internationale. Paris, Collin.
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