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La médiation hégélienne de l’unité platonico-aristotélicienne chez Gadamer. Le cas de la République comme genre utopique

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Antoine PAGEAU ST-HILAIRE : University of Chicago

Résumé de la communication

Dans un essai tardif, Gadamer écrit : « Un dialogue productif demeure toujours à accomplir, autant avec Platon qu’avec Aristote. Le niveau auquel Hegel a porté un tel dialogue ne me semble pas avoir été jusqu’aujourd’hui atteint » (GW 7, 380). Aussi, si Gadamer a conduit lui-même à plusieurs reprises ce dialogue avec Platon et Aristote, il semblerait naturel qu’il ait sollicité pour ce faire l’aide de Hegel. Nous chercherons dans cette communication à retracer cette médiation hégélienne dans les écrits tardifs de Gadamer sur Platon, en se concentrant sur le cas paradigmatique de la République. En plaçant ce texte sous le genre littéraire de l’utopie, Gadamer affirme qu’il invite à apprendre aux fils de jeux rationnels (Vernunftspielen) qui n’ont rien à voir avec le simple jugement d’un contenu déterminé. Il faut selon nous ramener ces jeux rationnels aux remarques herméneutiques faites au sujet de l’utopie dans L’idée du Bien entre Platon et Aristote. Celles-ci proposent qu’une lecture dialectique doit être opérée sur le texte platonicien, lecture qui se situe entre un sens littéral et une lecture négative. Nous solliciterons ici les passages de Vérité et Méthode sur Hegel et la notion d’expérience pour approfondir cette idée d’une dialectique qui laisse voir une positivité à travers la négativité. Nous monterons donc que c’est un sens hégélien de dialectique qui permet à Gadamer d’articuler une interprétation largement aristotélisante de la République de Platon.

Résumé du colloque

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 28 mai 2019

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