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La vision du rite africain de la part du droit colonial et de l’administration coloniale

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Amar Laidani : Université Laval

Résumé de la communication

Les juristes coloniaux français avaient une image négative des rites et des coutumes d'Afrique, qui étaient considérés comme la manifestation d’une pensée primitive. Cela dit, l’administration en Afrique-Occidentale (AOF) et Équatoriale française (AEF) avait saisi l’importance du rite dans la vie politique et juridique des populations autochtones et fait ainsi plusieurs concessions aux rites africains. L’article 21 du décret du 3 décembre 1931 qui réforma la justice indigène en AOF et en AEF prévoyait que les témoignages pouvaient être obtenus selon les modalités rituelles locales. Certains administrateurs avaient même participé aux rites locaux afin de gagner la confiance de la population. Ce fut le cas d’Estroffe, qui en 1889 a dû participer au Gabon au rite de l’échange du sang. Le rite était respecté par l’administrateur colonial tant qu’il n’était pas contraire à l’ordre public comme les empoisonnements rituels et les rites d’anthropophagie, qui étaient punis par la peine de mort par le décret du 26 avril 1923. Auparavant, l’article 75 du décret du 10 novembre 1903 prévoyait que « La justice indigène appliquera en toute matière les coutumes locales, en tout ce qu'elles n'ont pas de contraire aux principes de la civilisation française. Dans le cas où des châtiments corporels seraient prévus, il leur sera substitué l'emprisonnement ».

Résumé du colloque

On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.

L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.

Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.

Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.

De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
news icon Thème du colloque :
L’Afrique des rites
section icon Date : 28 mai 2019

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Titre du colloque :

L’Afrique des rites

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Thème du colloque :

L’Afrique des rites