Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Laurie Gagnon-Bouchard : Université d'Ottawa
Nous nous intéressons aux philosophies féministes dans une perspective de décolonisation des connaissances. En ce sens que nos travaux visent à définir des lieux communs permettant un dialogue épistémique entre personnes/groupes différemment situés dans les rapports de pouvoir. Dans le cadre de cette communication, nous nous intéresserons à des propositions théoriques et éthiques qui, chacune à leur façon, font usage de la stratégie de reclaim afin de reconnaître la relationnalité de l’être-au-monde. Nous commencerons par aborder la logique du don telle que revendiquée par l’auteure Sami Rauna Kuokkanen. Cette dernière fait du don une pratique performative d’ontologies relationnelles. Nous nous intéresserons ensuite au concept de vulnérabilité tel que défini par Judith Butler. Ce dernier nous semble particulièrement pertinent pour la déconstruction/reconstruction des subjectivités dominantes. En effet, la vulnérabilité met de l’avant un ethos qui reconnaît le caractère ouvert et éminemment relationnel de l’être-au-monde humain. Enfin, nous soutenons que la reconnaissance par les femmes allochtones de leur vulnérabilité ontologique est la condition de la réception et de la mise en acte de la logique du don développée par Kuokkanen. Ici, la théorisation féministe de la vulnérabilité ontologique devient un fondement prometteur pour mettre en place les conditions d’un dialogue décolonial entre femmes et féministes différemment positionnées dans les rapports de pouvoir coloniaux.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.