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Le cercle rituel du lewoz et sa dimension musicale

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Ruth Labeth : École de Théologie Évangélique du Québec (ETEQ)

Résumé de la communication

Parmi les rites symboliques que l’on dénombre en Guadeloupe, le Gwo-ka, musique tambourinaire associée au chant et à la danse, se pratique traditionnellement au cours d’une cérémonie rituelle nocturne à caractère festif et dont la fonction première est l’entraide communautaire. Régi par un rituel de performance, le Gwo-ka s’interprète selon des usages et des codes hérités de l’esclavage. Pour le Guadeloupéen, le Gwo-ka est bien plus qu’une musique de rythmes : il matérialise la mémoire des souffrances d’antan, l’esprit de l’esclave africain transbordé, une « langue pour remplacer toutes les langues perdues ». S’il est possible de retrouver des traces de cet idiome musical sur le continent africain, le Gwo-Ka aujourd’hui est le résultat d’une acculturation (créolisation) émanant de rencontres, d’interférences et qui va progressivement s’adapter à sa nouvelle condition culturelle et sociale, autrement dit, à partir du lieu de ces contacts de civilisations européenne et africaine. Par ailleurs, certains acteurs du Gwo-ka valorisent une démarche mystico-religieuse, voire sacrée, cherchant à faire émerger des pratiques et rituels issus de l’Afrique ancestrale une spiritualité perdue. Nous nous interrogerons sur l’intérêt de cette approche : Afrique réelle, rêvée ou fantasmée ?

Résumé du colloque

On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.

L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.

Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.

Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.

De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
news icon Thème du colloque :
L’Afrique des rites
section icon Date : 28 mai 2019

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Titre du colloque :

L’Afrique des rites

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Thème du colloque :

L’Afrique des rites