Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
David Lefrançois : UQO - Université du Québec en Outaouais
D’autres manifestations artistiques auraient pu connaitre la réception réservée aux pièces de théâtre SLĀV et Kanata au Québec : les écrits savants sur le concept d’appropriation culturelle montrent que de nombreuses œuvres d’art ou de fiction (bédés, chansons, films, romans, séries télévisées, danses, etc.) s’abreuvant de l’histoire partagent des caractéristiques similaires aux pièces susmentionnées, qu’elles sèment des controverses d’une nature et d’une intensité comparables (Coutts‐Smith, 2002 ; Spickard, 2018 ; Young, 2005 ; Ziff et Rao, 1997).
Dans ces conditions, il faut vérifier quelle(s) valeur(s) – définition(s) – la variable « appropriation culturelle » occupe dans les débats, notamment pour tenter de voir si celles·ceux qui utilisent ces différents concepts ont des points communs dont dépendraient ces usages.
Nous avons recensé tous les articles ayant été publiés au Canada dans des quotidiens de langue française, avec comme seul mot-clé SLĀV, dans le titre ou le texte. De juin à décembre 2018, près de 1000 articles contenant ce mot-clé furent publiés. Nous avons échantillonné 18 articles parmi ceux écrits par les 42 auteur·e·s ayant publié plus d’un titre durant les mois de juin et de juillet 2018. À la suite de notre analyse, nous avons constaté que les protagonistes énonçaient surtout des avis ou des propositions politiques polarisés, fondaient leurs argumentaires sur des concepts déformés ou indéfinis et s’engagèrent rapidement dans une impasse dialogique.
Les récentes contestations publiques, qui ont conduit au Québec à l’interdiction des pièces de théâtre Slav et Kanata, sous motif que le metteur en scène et son équipe s’appropriaient culturellement l’histoire des esclaves noirs et des communautés autochtones, nous amènent à réfléchir sur les diverses significations historiques, politiques, juridiques, sociales et éthiques des revendications des groupes historiquement marginalisés.
Ces groupes, historiquement dominés, mènent aujourd’hui une quête qui va au-delà de la reconnaissance formelle des souffrances qu’elles ont subies dans le passé. En effet, au nom d’une justice réparatrice, elles imposent une sacralisation du passé et des bénéfices financiers et symboliques. Or, comme le souligne Tzvetan Todorov : « Le devoir de mémoire est le devoir de rendre justice, par le souvenir, à un autre que soi. […] La victime dont il est ici question, c’est la victime autre, autre que nous. » (1995 : 108). Se positionner en victime suffit-il pour réparer les souffrances du passé? Est-ce que les excuses suffisent pour passer par-dessus les politiques d’assimilation des autochtones canadiens? La sacralisation du patrimoine autochtone leur permet-elle de continuer à construire leur identité? Quelle partie de leur patrimoine culturel doit être protégée?
Ce colloque propose d’examiner l’évolution discursive des groupes qui utilisent l’appropriation culturelle, à l’instar des Autochtones (Noirs, homosexuels, immigrants, femmes et autres minorités soumis à un pouvoir politique), en lien avec leur constante redéfinition identitaire. Les conférenciers sont invités, d’une part, à réfléchir à ces enjeux à partir d’exemples concrets et, d’autre part, à approfondir les concepts inhérents à ce débat comme ceux d’acculturation, d’assimilation, de reculturation, d’appropriation culturelle, de white culture & white art, d’identité, etc.
Titre du colloque :