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Le culte de « Nyabingi » dans la région des Grands Lacs africains : entre subversions politiques, métamorphoses d’un culte féminin et ouverture au christianisme

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Thomas Tembo : Université catholique de Louvain

Résumé de la communication

La région des Grands Lacs africains (Ouganda, RD Congo, Rwanda, Burundi, Tanzanie) voit fleurir plusieurs royaumes en perpétuelle rivalité. Au XIV siècle, l’un d’eux impose son influence et fédère les autres sous le nom du Royaume Kitara. Il en naît une civilisation faite d’influences et de contacts réciproques. Dans cette région se pratique alors un culte à l’esprit féminin dit Nyabingi, « Mère de l’abondance ». Ce nyabingisme devint un instrument idéologique par l’accaparement de sa fonction sacerdotale par les rois régnants pour légitimer leur pouvoir. Par ce culte riche en rites, mon objectif est de montrer, tout d’abord, que les sociétés africaines n’étaient pas si monolithiques au regard des tensions interethniques engendrées par ce fait religieux. Ensuite, je soulignerai les subversions du pouvoir politique par l’historicisation d’un culte ahistorique. Des mutations, avatars et « fabrications des rites », dont la masculinisation du culte féminin et même le syncrétisme ‘féminin-masculin’, posent d’emblée les questions de l’origine et de l’écartèlement entre le repli identitaire et l’ouverture à l’autre. À l’aube de la christianisation, le nyabingisme ne servit-il pas de tremplin à la toute nouveauté du christianisme ?

Résumé du colloque

On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.

L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.

Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.

Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.

De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
news icon Thème du colloque :
L’Afrique des rites
section icon Date : 28 mai 2019

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Titre du colloque :

L’Afrique des rites

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Thème du colloque :

L’Afrique des rites