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Hubert Doyon : Université Laval
Les résultats présentés sont issus d’une étude sur les transformations du rapport au travail des médecins au Québec. Plusieurs travaux soulignent que le rapport au travail des jeunes médecins ne se caractérise plus par la prédominance d’un ethos du devoir, qui se traduisait par une identification forte à la profession. Ces études attribuent généralement ces changements aux valeurs des jeunes. Notre projet visait à cerner l’incidence de trois ordres de changement (valeurs, conditions d’exercice, situations de vie) sur le rapport au travail des médecins. Trente-cinq médecins de famille appartenant à trois cohortes d’insertion sur le marché du travail ont été rencontrés en entrevues individuelles. Dans le cadre de cette communication, nous nous pencherons plus spécifiquement sur le rapport au travail des jeunes médecins. Nos résultats mettent en évidence la coexistence de deux idéaltypes : celui de la disponibilité permanente, vécue comme un sacrifice de soi, et un autre, polycentré, axé sur la quête d’un équilibre de vie. Plusieurs jeunes médecins remettent en question le modèle dominant, qui renvoie à un rapport vocationnel au travail, et s’inscrivent plutôt dans un modèle valorisant l’investissement de soi dans les multiples sphères de la vie. Toutefois, le rapport au travail de certains se présente plutôt comme un bricolage qui emprunte aux deux idéaltypes, ce qui montre que d’autres dimensions que l’âge doivent être considérées dans l’analyse du rapport au travail.
Au cours des dernières décennies, le contenu et les conditions d’exercice du travail se sont profondément transformés : changements techniques et organisationnels importants; reconfiguration des conflits et des rapports sociaux de travail; modifications des arrimages entre la vie professionnelle et la vie privée; transformations des repères spatiaux et temporels de l’activité. De nouvelles stratégies d’entreprise ont aussi été déployées, qui se traduisent par une quête de flexibilité fondée sur l’externalisation d’une partie de l’emploi, une réduction des droits et des sécurités et l’émergence des outils technologiques qui changent la nature du travail et imposent un nouveau modèle productif. Dans ce contexte, le rapport au travail des nouvelles générations subit des métamorphoses importantes. Défini comme la manière de vivre le travail, la place qu’il occupe dans la vie et la signification qu’il revêt, le rapport au travail est un médiateur entre les contextes socioéconomiques et culturels et la situation en emploi des jeunes. Il repose sur un ensemble de représentations, de relations à soi et aux autres, de dispositions vers le marché du travail et le monde en général, qui déterminent tant la place individuelle attribuée par les jeunes au travail que la contribution de celui-ci à la société.
Quels sont les effets des changements socioéconomiques contemporains sur les rapports au travail des jeunes? Dans quelle mesure les transformations en cours modifient-elles les manières de se représenter le travail, de se conduire en emploi et d’effectuer des choix professionnels chez les nouvelles générations?
Conçu dans une perspective interdisciplinaire et combinant plusieurs approches analytiques, le colloque est structuré autour de trois axes : 1) rapports au travail, secteurs et groupes professionnels; 2) rapports au travail et vulnérabilités; 3) rapports au travail, construction et comparaison intergénérationnelle.
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