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Le rituel et l’expression des émotions : une relecture des écrits de V. Turner à travers les rites de pleurs traditionnels des Xikrin Mẽbengokre

JC

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Jean-Bruno Chartrand : Université de Montréal

Résumé de la communication

Dans The Ritual Process (1969), Victor Turner traite de ses pratiques de terrain au sein des Ndembu, groupe dont il étudiera, notamment, les rites de passage. À travers l’étude de ces performances, il développe le concept de liminalité, espace-temps créé par le rite qui permet d’agir sur des situations de stress social. Le rite a un début, une fin, mais surtout une période pendant laquelle les rôles et les statuts sont suspendus au profit d’un agir collectif qui influencera les acteurs.

À ce titre, on peut se demander ce qui provoque l’entrée en période rituelle? Partir d'une perspective fonctionnaliste de l’analyse des rituels se bute à l’interprétation structuraliste des motivations internes au rite en question. En ce sens, la question qui se pose est de savoir si le type de pratique de terrain propre à Turner est une bonne façon de comprendre, outre les dynamiques sociales, les effets des rites sur les individus y prenant part. Par une revue critique des écrits de Victor Turner en Afrique, je propose, dans cette communication, de questionner les perspectives fonctionnalistes et structuralistes du rite en lien avec les émotions. Pour ce faire, j’emprunterai aussi à mon propre terrain de recherche auprès des Xikrin Mẽbengokre du Brésil afin de faire les parallèles qui s’imposent.

Résumé du colloque

On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.

L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.

Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.

Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.

De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
news icon Thème du colloque :
L’Afrique des rites
section icon Date : 28 mai 2019

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Titre du colloque :

L’Afrique des rites

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Thème du colloque :

L’Afrique des rites