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Delphine Collin : CHU de Toulouse
La procréation médicale assistée (PMA) a été au cœur des débats éthiques et sociétaux en France en 2018. L’avis du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) a questionné la construction psychique des enfants nés par PMA et la possibilité pour eux de reconstituer leur histoire dans un tel contexte. Penser l’histoire de ces enfants met alors au-devant de la scène la question des origines et de la filiation au sein de cette histoire conceptionnelle singulière. Nous avons ainsi fait le choix de faire une déflexion du regard sur les enfants nés de mères infertiles, et plus particulièrement sur la construction psychique de ces derniers conçus par fécondation in vitro. En effet, l’intrusion sur la scène des origines du tiers médical pourrait venir faire trace dans l’élaboration de la filiation psychique et complexifier la construction subjective et identitaire. Afin d’étudier cette incidence, nous avons proposé une méthodologie de recherche à partir du récit conceptionnel et du génogramme imaginaire. Les résultats ont souligné la spécificité de l’élaboration des liens filiaux dans la psyché des individus au regard de la mise en sens de leur histoire conceptionnelle dans ce contexte conceptionnel singulier. Ainsi, au regard de ces résultats, penser la construction psychique des enfants nés grâce à la médecine procréative semble désormais indispensable non seulement aux questionnements concernant l’assistance médicale à la procréation (AMP), mais aussi à son accompagnement.
Inscrit dans le champ des études du genre et de la parenté contemporaine, ce colloque analyse la question des « origines » dans les familles constituées par procréation assistée ou par adoption. Témoignant d’un processus de dissociation croissante de la procréation et de la parenté, ces dispositifs produisent des situations où des parents d’intention deviennent mère(s) ou père(s) sans avoir nécessairement procréé, tandis des personnes procréent, mais ne deviennent pas parents, demeurant « aux marges » de la parenté. Le traitement de ces marges a connu d’importantes évolutions durant ces dernières décennies, sous l’effet conjugué des dispositions internationales relatives aux droits des enfants adoptés, des savoirs psychanalytiques encourageant l’accès aux « origines personnelles » et des revendications des personnes adoptées ou issues de don. Un relatif consensus tend aujourd’hui à faciliter, de différentes manières, l’information des personnes adoptées ou nées de don sur les circonstances de leur naissance.
Les enjeux de cette évolution sont analysés dans une comparaison internationale explorant de manière privilégiée les cas du Québec et de la France, où cette question s’avère particulièrement actuelle du fait des changements législatifs récents ou en cours. Au Québec, la loi 113 permet, depuis juin 2018, que les personnes adoptées aient accès aux données nominatives de leurs parents de naissance, si ces derniers y consentent. Les possibles incidences de cette disposition peuvent être comparées au cas français, où la création du Conseil national d’accès aux origines personnelles (CNAOP) en 2002 a organisé le recueil d’informations et un accès plus important des personnes nées dans le secret aux données administratives et personnelles concernant leur naissance. Le champ de procréation assistée n’est pas en reste, alors que la levée de l’anonymat des personnes qui donnent leurs gamètes est à l’agenda de la révision actuelle de la loi française de bioéthique, suscitant de nombreux débats et de nouvelles questions. Le Comité consultatif québécois sur le droit de la famille, dans son rapport déposé en 2015, recommande la levée de l’anonymat des donneur.se.s de gamètes, considérant le droit de connaître ses origines comme étant dans l’intérêt supérieur de l’enfant.
En explorant ces situations, mais aussi dans l’étude d’autres contextes culturels ou nationaux, nous souhaitons mettre en perspective l’évolution des dispositifs juridiques et des pratiques institutionnelles, administratives ou médicales associées à la connaissance des origines et l’étude, au sein des familles, de la part des donneur.se.s et des personnes adoptées ou conçues par don, des discours, des usages et d’éventuelles relations nouées aux marges de la parenté.
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