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Simon-Pierre Savard-Tremblay : UQAC-Université du Québec à Chicoutimi
Faut-il établir une relation de cause à effet entre la signature de nombreux accords de libre-échange, le modèle néolibéral et l’essor du populisme? L’incapacité des élites néolibérales, durant ces dernières décennies, à mener des politiques économiques qui accroissaient le bien-être du plus grand nombre dans les sociétés développées serait précisément la cause de la multiplication des mouvements populistes, ou près de mouvements connexes. En réaction au fait que la mondialisation a, somme toute, profité à une minorité, le populisme apporte une réponse qui ne repose sur aucune idéologie et cumule les apports de plusieurs écoles de pensée; la réponse économique du gouvernement états-unien actuel n'est pas, par nature, anti-libérale. En revanche, chez nos voisins du sud, il y a eu au XIXe siècle un populisme s’inscrivant en faux contre le capitalisme financier symbolisé par Wall Street. Dans cette perspective, il vaut la peine d’examiner le bien ou le mal-fondé d’un populisme de gauche par lequel ses théoriciens viseraient à construire une frontière entre le « peuple » et cette « oligarchie », l’unique frontière politique qui vaille selon la philosophe belge Chantal Mouffe.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.