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Ma liberté de création et d’expression

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Nabila Ben Youssef : Union Des Artistes

Résumé de la communication

Je suis comédienne et humoriste québécoise d’adoption, d’origine tunisienne. J’ai quitté mon pays natal depuis un quart de siècle maintenant pour fuir la dictature et la censure. Et j’ai choisi d’immigrer au Québec essentiellement pour vivre dans la diversité d’opinions et pour avoir le droit de m’exprimer librement. Car sans liberté de création et d’expression, l’artiste ne peut pas évoluer ni s’épanouir.

En tant que comédienne, je ne peux pas progresser ni m’épanouir professionnellement en restant emprisonnée dans le rôle de la femme issue de ma culture d’origine, et de faire l’arabe de service durant toute ma carrière. Comment peut-on parler de création alors, en se répétant constamment ? C’est beaucoup plus intéressant et créatif pour moi de jouer l’une des belles sœurs de la pièce de Michel Tremblay, par exemple. Être comédienne, ce n’est pas se jouer soi-même, mais un autre que soi. Le fait de jouer un personnage est une appropriation culturelle !

Puis comme humoriste, je souhaite préserver la liberté de faire des blagues sur les Québécois, les Latinos, les Européens, les Asiatiques, les Noirs, les Juifs… sans me faire traiter de raciste, de xénophobe et d’antisémite. Sinon, à quoi ça sert toute cette diversité culturelle au Québec si nous ne nous inspirons pas les uns des autres ?

L’art doit être LIBRE ! Après 30 ans de vie dans la censure, j’ai réalisé que sans liberté, l’artiste et son art finissent par mourir !

Résumé du colloque

Les récentes contestations publiques, qui ont conduit au Québec à l’interdiction des pièces de théâtre Slav et Kanata, sous motif que le metteur en scène et son équipe s’appropriaient culturellement l’histoire des esclaves noirs et des communautés autochtones, nous amènent à réfléchir sur les diverses significations historiques, politiques, juridiques, sociales et éthiques des revendications des groupes historiquement marginalisés.

Ces groupes, historiquement dominés, mènent aujourd’hui une quête qui va au-delà de la reconnaissance formelle des souffrances qu’elles ont subies dans le passé. En effet, au nom d’une justice réparatrice, elles imposent une sacralisation du passé et des bénéfices financiers et symboliques. Or, comme le souligne Tzvetan Todorov : « Le devoir de mémoire est le devoir de rendre justice, par le souvenir, à un autre que soi. […] La victime dont il est ici question, c’est la victime autre, autre que nous. » (1995 : 108). Se positionner en victime suffit-il pour réparer les souffrances du passé? Est-ce que les excuses suffisent pour passer par-dessus les politiques d’assimilation des autochtones canadiens? La sacralisation du patrimoine autochtone leur permet-elle de continuer à construire leur identité? Quelle partie de leur patrimoine culturel doit être protégée?

Ce colloque propose d’examiner l’évolution discursive des groupes qui utilisent l’appropriation culturelle, à l’instar des Autochtones (Noirs, homosexuels, immigrants, femmes et autres minorités soumis à un pouvoir politique), en lien avec leur constante redéfinition identitaire. Les conférenciers sont invités, d’une part, à réfléchir à ces enjeux à partir d’exemples concrets et, d’autre part, à approfondir les concepts inhérents à ce débat comme ceux d’acculturation, d’assimilation, de reculturation, d’appropriation culturelle, de white culture & white art, d’identité, etc.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
Discutant-e- de la session : Catinca Adriana Stan
section icon Date : 28 mai 2019

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