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Jessica Pothet : Université de Lorraine
Ce projet de communication a pour objectif d’interroger des expériences subjectives de la maternité contemporaine, marquées par un désenchantement, voire dans certains cas par des volontés de déprises (Caradec, 2004) du rôle social de mère. Les familles monoparentales représentent aujourd’hui 20 % des familles en France (Insee, 2015). On sait que ces situations concernent très majoritairement des femmes, et qu’elles affectent plus particulièrement encore les moins diplômées d’entre elles. Si la dissociation entre parentalité et conjugalité compte parmi les évolutions les plus marquantes qu’a connu la famille (Neyrand, 2004), la tendance à la dislocation familiale qui peut l’accompagner s’exacerbe dans les milieux défavorisés, la précarisation économique générant la précarisation relationnelle et réciproquement. Reposant sur une enquête par entretiens menée auprès de mères appartenant aux franges populaires, et en situation de monoparentalité, la contribution interroge les « retours sur soi » (Martucelli, De Singly, 2009) dont rendent compte des mères pour lesquelles l’expérience vécue rompt en tous points avec le projet initial de construction familiale. Alors que la maternité tenait lieu dans l’imaginaire des mères enquêtées, d’horizon heureux, voire d’avenir meilleur, ce rôle de mère se recompose, suite à des conjugalités chaotiques et avortées, à distance des normes de dévouement maternel, auxquelles les enjoignent pourtant les standards de la « bonne maternité ».
La réalisation des projets de couple et familiaux constitue des préoccupations importantes des individus contemporains. Ces projets font l’objet de représentations sociales produites par plusieurs sources (médias, psychologie populaire, conseils sur Internet). Celles-ci proposent des modèles et fournissent des supports à des imaginaires alimentant les scénarios personnels, créant des attentes qui se heurtent aux réalités quotidiennes, entraînant souvent désillusions et déceptions, pouvant aller jusqu’à remettre en cause le maintien de projets initiaux. Ce colloque propose une réflexion sur la construction des imaginaires sociaux associés à l’établissement des relations de couple et de la famille, aux modalités de passage des projets à la réalité et à l’analyse des satisfactions, des désillusions et des stratégies d’adaptation aux nouvelles conditions. Les études sur le couple montrent l’importance des idéaux liés au sentiment amoureux et aux relations de couple qui se déclinent selon des modèles susceptibles de produire des insatisfactions, allant jusqu’à la rupture. Dans le cas des relations familiales et de l’arrivée d’un enfant, les études indiquent la présence d’un écart entre l’enfant imaginé et l’enfant réel dont le projet répond moins à des attentes collectives qu’à des volontés individuelles. La grossesse doit répondre à un projet désiré, planifié, pour offrir à l’enfant à naître un bon départ dans la vie, d’où l’accroissement de la responsabilité des individus et des pressions entraînant une anxiété qui peut se manifester de plusieurs façons (dépressions, problèmes d’attachement, tensions conjugales, remises en cause de son idéal de famille, regrets d’avoir eu des enfants, etc.). Ce colloque constitue une invitation à (re)penser les attentes et les représentations sociales, à cerner les nouveaux enjeux individuels et sociaux entourant les choix familiaux et à mieux comprendre les imaginaires, les attentes et les désillusions vécues par les individus et les couples.
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