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Philippe Dufort : Université Saint-Paul
Cet article présente une réflexion critique sur la pratique quotidienne dans le milieu académique entourant la recherche, l’enseignement et le service à la communauté. Les auteur.e.s y proposent une praxis universitaire critique et émancipatrice ancrée dans une quotidienneté afin de refonder une forme d’enseignement dans le champs de l’innovation sociale qui soit davantage ancrée dans les communautés. En ligne avec les critiques contemporaines du virage néolibéral des universités, ce texte nous invite à questionner le rôle prédominant que joue la recherche dans le quotidien des professeur.e.s. Les auteur.e.s suggèrent que, dans une perspective critique à visée transformatrice, il semble essentiel de valoriser sans hiérarchiser la pédagogie, la recherche et le service à la communauté pour une pratique universitaire engagée matérialisant ses promesses de transformation sociale. L’articulation de ces dimensions permet ainsi de repenser les pratiques de production, transmission et appropriation du savoir dans le milieu académique--particulièrement par, pour et avec les groupes marginalisés. Tiré d’une démarche réflexive sur leur propre pratiques, les auteur.e.s suggèrent finalement des pistes concrètes pour revoir les visions entendues de la salle de classe, du centre de recherche et du service à la communauté.
Les changements politiques contemporains se manifestent par la promotion de modes d’action publique qui mettent au second plan le rôle régulateur de l’État et le dialogue avec la société civile organisée, tout en mettant à l’épreuve la solidarité et la cohésion sociales. Si les innovations sociales sont souvent nées dans de telles configurations, ces contraintes représentent néanmoins des défis de taille tant pour les praticien-ne-s que pour les chercheur-se-s. La capacité des innovations sociales à conduire à des transformations sociales et à de l’action publique, ou à constituer une forme de résistance à l’effritement du lien social, est ainsi de nouveau remise en question. Le but de ce colloque est de comprendre comment l’arrimage recherche-terrain permet aux acteurs de se repositionner dans un environnement en mutation et de produire des connaissances et des pratiques transformatrices. Ces défis se déclinent sur plusieurs plans :
- L’économie sociale et les autres organisations collectives sont interrogées sur leur capacité de développer une action autonome et sur leur rapport à un État qui semble moins porté vers les modèles à but non lucratif qu’il l’a déjà été.
- Les territoires, dont les instances de concertation et de développement, souvent mises à mal par les nouvelles orientations politiques, doivent trouver de nouvelles avenues pour préserver les solidarités, assurer une transition écologique et penser leur développement social.
- Le travail et ses acteurs subissent ces changements à travers la déstabilisation tant du statut salarial que des institutions syndicales.
Ces questions conduisent à s’interroger sur les pratiques et sur le rôle des établissements d’enseignement supérieur comme miroir critique et comme incubateur d’innovations sociales. Ce colloque invite également à analyser l’action spécifique de ces « passeurs » et « opérateurs » du dialogue savoirs-société, qu’ils soient assimilés au domaine universitaire ou à la pratique sociale.
Titre du colloque :