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Rébéca Lemay-Perreault : UQAM - Université du Québec à Montréal
Nous proposons une réflexion autour de la frontière tracée entre publics et professionnels au musée. Grâce aux avancées sur l’interactivité, l’explosion des modalités de participation des publics permettent d’interroger la porosité de cette ligne de partage des rôles entre professionnels et visiteurs, à leurs contributions aux contenus diffusés au musée. De plus en plus, on tend à proposer des dispositifs où l’engagement de ces derniers est requis, notamment sur le web et dans les expositions. Ces nouvelles avenues promettent des avancées certaines vers une institution plus démocratique, engagée dans une mutation du temple en forum (Cameron, 1971).
Mais sommes-nous réellement devant cette utopie démocratique promise il y a maintenant 50 ans, ou se cachent derrière ces modalités de participation de nouvelles frontières? Observons-nous des mécanismes plus sophistiqués de contrôle des contenus et des discours diffusés qui délimitent les deux registres, celui des professionnels et celui des visiteurs participants? Entrevoyons-nous l’effacement de cette frontière entre professionnels et publics ou plutôt un déplacement de celle-ci, inscrite dans une nouvelle logique de confinement des discours? Cette délimitation demeure nécessaire, qu’elle soit motivée par des raisons éthiques – liées à la validité scientifique des contenus diffusés – ou par des raisons politiques – liées à la préservation de l’identité et du statut des professionnels.
Les frontières reviennent en force, elles se multiplient et se durcissent, malgré la promesse de leur ouverture, voire de leur disparition avec la mondialisation, une mobilité accrue et une démocratisation des technologies de communication. Le concept de frontière concerne les relations entre l’espace et la société. Ensuite, la frontière est la limite entre deux choses différentes, elle est ce qui délimite, départage. Le patrimoine, par son potentiel à marquer les frontières culturelles, participe aux enjeux urbains, muséaux, artistiques ou géographiques. Outre le patrimoine qui trace la frontière d’une identité locale, régionale ou nationale, le patrimoine peut être source de dialogue. C’est cette projection prometteuse qui favorise tant son actualisation que sa transmission. En quoi le patrimoine culturel représente-t-il le potentiel du dialogue interdisciplinaire, interculturel, intergénérationnel? Comment cohabite la pluralité des patrimoines politique, culturelle, linguistique, historique, notamment dans les régions frontalières? La notion de la région frontalière renverrait tant au caractère administratif d’un territoire qu’aux frontières des disciplines investies dans le champ patrimonial. Autrement dit, la problématique mise de l’avant concerne la gouvernance du patrimoine, mais aussi les propositions théoriques ou empiriques relatives à son étude et à sa médiation. Si la frontière comme le patrimoine sont les constructions, comment s’articulent les limites du patrimoine et de ses études? En fait, le patrimoine est à la fois ouvert et fermé au dialogue : d’une part, tout est potentiellement le patrimoine et, de l’autre, le patrimoine relève de lois strictes qui régissent sa désignation (acquisitions et intégrations aux collections muséales, reconnaissance gouvernementale ou municipale). Comment les institutions comme les universités participent-elles à la préservation et à la valorisation des patrimoines?
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