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Marie-Josée Courval : Université de Montréal
Avoir un cancer bouleverse toutes les sphères de la vie des personnes qui en sont touchées: physique, psychologique, sociale et spirituelle. Les personnes touchées par le cancer sont susceptibles de nécessiter un soutien non seulement de leur réseau primaire (famille, amis, collègues de travail), mais aussi de la communauté. Ainsi, le programme de lutte au cancer du Québec mise sur l’action intersectorielle entre les équipes spécialisées en cancérologie et les organismes communautaires afin de «favoriser la complémentarité entre les services de soutien offerts par le réseau public et ceux offerts par les organismes communautaires». L’étude qualitative descriptive et interprétative réalisée dans le cadre de notre projet de maîtrise, propose toutefois que les personnes touchées par le cancer perçoivent peu de liens de collaboration entre les équipes spécialisées en cancérologie et les organismes communautaires. Notre cadre théorique, inspiré de certains concepts de la Théorie de l’Acteur Réseau, a permis d’appréhender le point de vue des personnes touchées par le cancer sur certaines barrières à l’action intersectorielle, telle l’implication d’un tiers au sein de «l’inter-action» entre les deux acteurs. S’adressant aux gestionnaires et praticiens, les solutions novatrices suggérées par les personnes touchées par le cancer proposent un réel changement des pratiques individuelles et collectives de l’action intersectorielle, avec et pour les bénéficiaires.
Plusieurs recherches, sondages et lettres ouvertes tendent à montrer que la dimension humaine des services offerts dans les réseaux scolaires et sociosanitaires est en péril (Le Devoir, 2018; Lévesque, 2018; Rousseau, 2018). La « déshumanisation » des pratiques et l’« autoritarisme » de l’organisation des réseaux devenus « trop centralisée » sous l’effet de réformes souvent associées aux préceptes de la nouvelle gestion publique et aux approches de type Lean est particulièrement pointée du doigt (Grenier et Bourque, 2016; Maranda et al., 2014; Parazelli et Ruelland, 2017). Paradoxalement, les politiques en matière d’organisation de l’action publique en éducation et en santé et services sociaux reconnaissent l’importance de l’autonomie professionnelle, de la collaboration et de la participation des usagers, notamment lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des situations complexes (Couturier et Belzile, 2018). Vue comme une possibilité de mieux coordonner l’action publique et de mettre à profit la complémentarité des expertises, la collaboration devient un impératif organisationnel, professionnel et juridique pour les professionnels, les gestionnaires de même que les usagers et leurs proches. Les espaces de collaboration prescrite peuvent-ils être des lieux de démocratisation, c’est-à-dire des lieux de dialogue où chacun exprime librement son point de vue; de coconstruction des pratiques menant à des prises de décision collective; d’interreconnaissance des savoirs et des activités de chacun; agissant sur les inégalités sociales de pouvoir de manière à les réduire durant l’élaboration de problèmes et de solutions; consolidant le pouvoir d’agir collectif sur l’organisation de l’action publique? Comment les différents acteurs concernés peuvent-ils se saisir des occasions de collaboration pour démocratiser l’organisation de l’action publique; c’est-à-dire pour agir sur les mécanismes de reproduction d’inégalités sociales de pouvoir induite par un contexte organisationnel déterminé?
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