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Produire des traces et suivre à la trace : le suivi dans la collectivité de jeunes délinquants montréalais saisi par l’analyse d’un logiciel informatique

MM

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Mohammed Aziz Mestiri : Université de Montréal

Résumé de la communication

Cette communication prend pour objet les pratiques quotidiennes des agents – dits « délégués jeunesse » – chargés du suivi des jeunes délinquants condamnés à des peines exécutées dans la collectivité. À partir d’observations et d’entretiens avec des professionnels, nos précédents travaux ont mis en avant la tension structurelle et constitutive du travail de ces agents, entre une mission d’accompagnement, dans une visée générale de réinsertion et de réhabilitation des jeunes, et une mission de surveillance, dans une visée générale de contrôle de leurs comportements et de gestion publique des risques qu’ils sont jugés représenter pour la sécurité du public. Cette communication vise à prolonger ces analyses en nous centrant sur les données issues de la consignation systématique de traces d’activité de ces délégués, via l’usage d’un logiciel informatique introduit au début des années 2000 dans le réseau québécois de la santé et des services sociaux : le PIJ, « projet intégration jeunesse ». Ce logiciel constitue une archive du travail quotidien et l’un des outils actuels du dispositif de surveillance qui pèse sur les jeunes. Il permet de saisir les finalités du travail de ces agents et l’exercice d’une gestion et d’une surveillance communautaire qui passe par l’enrôlement de divers acteurs de socialisation ordinaire (notamment l’école, mais surtout la famille), eux-mêmes tenus de produire des traces sur les jeunes – permettant aux délégués jeunesse de les suivre à la trace.

Résumé du colloque

Les changements politiques contemporains se manifestent par la promotion de modes d’action publique qui mettent au second plan le rôle régulateur de l’État et le dialogue avec la société civile organisée, tout en mettant à l’épreuve la solidarité et la cohésion sociales. Si les innovations sociales sont souvent nées dans de telles configurations, ces contraintes représentent néanmoins des défis de taille tant pour les praticien-ne-s que pour les chercheur-se-s. La capacité des innovations sociales à conduire à des transformations sociales et à de l’action publique, ou à constituer une forme de résistance à l’effritement du lien social, est ainsi de nouveau remise en question. Le but de ce colloque est de comprendre comment l’arrimage recherche-terrain permet aux acteurs de se repositionner dans un environnement en mutation et de produire des connaissances et des pratiques transformatrices. Ces défis se déclinent sur plusieurs plans :

- L’économie sociale et les autres organisations collectives sont interrogées sur leur capacité de développer une action autonome et sur leur rapport à un État qui semble moins porté vers les modèles à but non lucratif qu’il l’a déjà été.

- Les territoires, dont les instances de concertation et de développement, souvent mises à mal par les nouvelles orientations politiques, doivent trouver de nouvelles avenues pour préserver les solidarités, assurer une transition écologique et penser leur développement social.

- Le travail et ses acteurs subissent ces changements à travers la déstabilisation tant du statut salarial que des institutions syndicales.

Ces questions conduisent à s’interroger sur les pratiques et sur le rôle des établissements d’enseignement supérieur comme miroir critique et comme incubateur d’innovations sociales. Ce colloque invite également à analyser l’action spécifique de ces « passeurs » et « opérateurs » du dialogue savoirs-société, qu’ils soient assimilés au domaine universitaire ou à la pratique sociale.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 28 mai 2019

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