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Rendre le travail enseignant discutable : un moyen de lutter contre la rhétorique de la professionnalisation ?

FS

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Frédéric Saussez : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

Depuis trente ans, le discours sur la professionnalisation véhicule l’idée qu’il importe de changer en profondeur la formation à l’enseignement et les pratiques enseignantes afin que l’école soit en mesure de remplir sa fonction économique. Ce projet s’est concrétisé dans des réformes visant à modifier les cadres et les normes de la formation initiale et du travail. Il a fait de l’apprentissage de nouveaux modes d’action valorisés par la recherche une variable clé de l’amélioration des performances du système éducatif. Cette rhétorique en idéalisant le changement a conduit à une incompréhension du travail réel. Celui-ci a été remplacée par la projection de ce qu’il devrait être. L’analyse ergonomique du travail offre une alternative à cette position normalisatrice. Elle met en lumière la complexité du travail et des savoirs collectifs qui le fonde. Sous cet angle, elle converge vers des travaux sur les communautés professionnelles dont l’objet est l’activité concrète des enseignantes et plus particulièrement, les difficultés et les dilemmes vécus. Un des défis est que les dialogues se nouant autour de ceux-ci puissent constituer une ressource pour l’apprentissage du métier et le développement professionnel. Nous discuterons des conditions à réunir pour que la coanalyse du travail contribue à inventer un nouveau quotidien pour le travail et augmenter le pouvoir d’agir de l’enseignante. Nous esquissons ainsi une alternative à la rhétorique de la professionnalisation.

Résumé du colloque

Plusieurs recherches, sondages et lettres ouvertes tendent à montrer que la dimension humaine des services offerts dans les réseaux scolaires et sociosanitaires est en péril (Le Devoir, 2018; Lévesque, 2018; Rousseau, 2018). La « déshumanisation » des pratiques et l’« autoritarisme » de l’organisation des réseaux devenus « trop centralisée » sous l’effet de réformes souvent associées aux préceptes de la nouvelle gestion publique et aux approches de type Lean est particulièrement pointée du doigt (Grenier et Bourque, 2016; Maranda et al., 2014; Parazelli et Ruelland, 2017). Paradoxalement, les politiques en matière d’organisation de l’action publique en éducation et en santé et services sociaux reconnaissent l’importance de l’autonomie professionnelle, de la collaboration et de la participation des usagers, notamment lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des situations complexes (Couturier et Belzile, 2018). Vue comme une possibilité de mieux coordonner l’action publique et de mettre à profit la complémentarité des expertises, la collaboration devient un impératif organisationnel, professionnel et juridique pour les professionnels, les gestionnaires de même que les usagers et leurs proches. Les espaces de collaboration prescrite peuvent-ils être des lieux de démocratisation, c’est-à-dire des lieux de dialogue où chacun exprime librement son point de vue; de coconstruction des pratiques menant à des prises de décision collective; d’interreconnaissance des savoirs et des activités de chacun; agissant sur les inégalités sociales de pouvoir de manière à les réduire durant l’élaboration de problèmes et de solutions; consolidant le pouvoir d’agir collectif sur l’organisation de l’action publique? Comment les différents acteurs concernés peuvent-ils se saisir des occasions de collaboration pour démocratiser l’organisation de l’action publique; c’est-à-dire pour agir sur les mécanismes de reproduction d’inégalités sociales de pouvoir induite par un contexte organisationnel déterminé?

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 28 mai 2019

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