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Houria Abdennebi-Oularbi : Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou
Dans son ouvrage « Études d’ethnologie kabyle » paru en 1972, Pierre Bourdieu notait la permanence d’un fonds de représentations dans les rites des paysans kabyles (Algérie) célébrant la virilité et la domination du mâle. Les rapports de genre dans ces communautés villageoises de Kabylie sont axés sur le sens de l’honneur et de la honte avec une forte dose de violence symbolique. Cette vision androcentrique est diffuse à tous les champs de la réalité sociale. Elle imprime les rites agraires : les gestes du laboureur qui prend possession de l’araire qabel, les catégories du calendrier azegzaw l’humide/aquran le sec, les échanges rituels dans Tawsa teintés de défi et de riposte. Ces rites sont là pour séparer ceux qui les ont subis de ceux qui ne les ont pas subis. Ils marquent une division de l’ordre social, séparer les hommes des femmes et légitimer la violence symbolique du mâle. La fonction du rite, dans ces communautés est d’instituer la croyance aussi bien des hommes que celle des femmes en la suprématie du mâle, d’où son efficacité et ses performances sur le réel en termes d’action et de représentation. Si dans ses enquêtes, Bourdieu décrivait une société algérienne en pleine mutation, les rites des paysans kabyles qu’il observe huit années après semblent suspendus, hors du temps. Que signifie ce retour à un hypothétique fonds méditerranéen, aux origines ? Quels enjeux sont à l’œuvre dans cette construction ?
On ne pense pas à l’Afrique sans imaginer ses rites, symboles, danses, marquages corporels, sacrifices, récits, rythmes, musiques et chants. Cette altérité exotique est le lieu de production d’un imaginaire présent déjà chez les premiers voyageurs au XVIe siècle.
L’Afrique apparaît sur les cartes mondiales sous la domination européenne, depuis le XVe siècle. Dans ce contexte, les esclaves noirs expatriés en Amérique du Sud réinventent la terre de leurs ancêtres et, avec elle, les croyances et les rites.
Au XIXe siècle, les missionnaires européens, convaincus de la « pureté » surnaturelle des traditions chrétiennes, y ont vu les rites d’une religion « naturelle », considérée tantôt comme « primitive » ou « naïve », tantôt comme « pervertie » et « maléfique ». De leur côté, les anthropologues ont vu dans l’exubérance rituelle africaine une occasion d’entrer en contact avec les origines perdues du symbolisme et d’étudier des sociétés prémodernes. À l’opposé des missionnaires, les anthropologues voulaient retrouver une société plus innocente et éloignée de tout ajout culturel. Si ces deux entreprises semblent par moment s’éloigner dans leurs objectifs, elles ont en commun de renvoyer vers la problématique de l’Afrique rituelle.
Au XXe siècle, dans la ligne des mouvements de décolonisation, protestants et catholiques entament l’« africanisation » de leurs liturgies. Sur le plan politique, le nativisme culturel ou la proclamation de l’authenticité des us, coutumes et rituels locaux d’un pays a souvent servi de terrain pour légitimer l’autorité et le pouvoir locaux.
De nos jours, l’attrait des primitivismes pousse bon nombre de touristes mystiques vers l’Afrique en quête d’expériences rituelles. De même, les diasporas africaines se font porteuses de processus de mondialisation des rites religieux, relayés notamment par le pentecôtisme, montrant que la déterritorialisation (Deleuze) des ensembles culturels s’opère à travers les individus et non les civilisations (Bastide).
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