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Syliane MALINOWSKI-CHARLES : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Un courant en plein développement au sein des études en psychologie et en sciences de l’esprit est celui de la « cognition incarnée ». Par exemple, on a démontré que goûter quelque chose d’amer augmente la sévérité du jugement moral, ou que les personnes qui pensent à l’avenir se penchent spontanément vers l’avant, tandis que penser au passé s’accompagne souvent d’un mouvement du corps vers l’arrière. De plus en plus s’impose l’idée qu’on ne peut étudier l’esprit sans le replacer dans un corps individuel et concret. Pour le dire de manière imagée, on n’est pas un cerveau dans un bocal, mais le cerveau, c’est notre corps tout entier, et ce corps est déterminant dans tous nos processus cognitifs.
Dans un article de 2008 sur la conscience chez Spinoza, Steven Nadler faisait quelques remarques programmatiques sur l’utilisation possible de Spinoza, notamment de son monisme et de l’égalité de l’esprit et du corps, pour fournir des outils théoriques aux théories de la cognition incarnée. Celles-ci semblent en effet limitées par un modèle foncièrement interactionniste qui diminue les perspectives explicatives. À l’inverse, on peut penser que les avancements récents en théorie de la cognition incarnée pourraient fournir des pistes pour lire certains éléments de la compréhension que nous offre Spinoza de l’individu comme esprit et corps à la fois. À ma connaissance, ces notes programmatiques n’ont pas encore été poussées plus loin, et c’est ce que cette communication tentera de faire.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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