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Chercher ses origines, trouver des sœurs et frères

MH

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Mylène Hernandez : Centre national de la recherche scientifique

Résumé de la communication

Il n’est pas rare qu’une personne adoptée engagée dans des recherches sur ses origines ait connaissance ou découvre l’existence de sœurs ou frères dits « biologiques ». Reliés par les circonstances de leur naissance sans être légalement apparentés, ces sœurs et frères, hors de tout quotidien partagé, souvent sans langue commune, éloignés socialement et/ou culturellement, nouent pourtant parfois des relations durables. En dépit d’une littérature scientifique et de témoignages abondants sur la recherche des père et mère biologiques, les recherches ou découvertes inopinées de sœurs et frères au gré des « quêtes d’origines » de personnes adoptées n’ont pas été documentées ni véritablement analysées. Je propose dans ma communication de présenter les résultats préliminaires d’une enquête ethnographique menée en France auprès de personnes adoptées à l’international qui au détour de leur quête de connaissance ont découvert puis rencontré des sœurs et frères de naissance. Après une présentation synthétique des conditions méthodologiques d’enquête, je décrirai à partir des matériaux recueillis les modalités relationnelles établies entre les personnes enquêtées et leurs sœurs et frères, la façon également dont les enquêté.e.s articulent les différents registres de germanité dans lesquels ils/elles sont inscrit.e.s (germanité adoptive, de naissance et/ou élective). J’interrogerai enfin le rôle que ces relations de germanité jouent dans le processus même de la quête d’origines.

Résumé du colloque

Inscrit dans le champ des études du genre et de la parenté contemporaine, ce colloque analyse la question des « origines » dans les familles constituées par procréation assistée ou par adoption. Témoignant d’un processus de dissociation croissante de la procréation et de la parenté, ces dispositifs produisent des situations où des parents d’intention deviennent mère(s) ou père(s) sans avoir nécessairement procréé, tandis des personnes procréent, mais ne deviennent pas parents, demeurant « aux marges » de la parenté. Le traitement de ces marges a connu d’importantes évolutions durant ces dernières décennies, sous l’effet conjugué des dispositions internationales relatives aux droits des enfants adoptés, des savoirs psychanalytiques encourageant l’accès aux « origines personnelles » et des revendications des personnes adoptées ou issues de don. Un relatif consensus tend aujourd’hui à faciliter, de différentes manières, l’information des personnes adoptées ou nées de don sur les circonstances de leur naissance.

Les enjeux de cette évolution sont analysés dans une comparaison internationale explorant de manière privilégiée les cas du Québec et de la France, où cette question s’avère particulièrement actuelle du fait des changements législatifs récents ou en cours. Au Québec, la loi 113 permet, depuis juin 2018, que les personnes adoptées aient accès aux données nominatives de leurs parents de naissance, si ces derniers y consentent. Les possibles incidences de cette disposition peuvent être comparées au cas français, où la création du Conseil national d’accès aux origines personnelles (CNAOP) en 2002 a organisé le recueil d’informations et un accès plus important des personnes nées dans le secret aux données administratives et personnelles concernant leur naissance. Le champ de procréation assistée n’est pas en reste, alors que la levée de l’anonymat des personnes qui donnent leurs gamètes est à l’agenda de la révision actuelle de la loi française de bioéthique, suscitant de nombreux débats et de nouvelles questions. Le Comité consultatif québécois sur le droit de la famille, dans son rapport déposé en 2015, recommande la levée de l’anonymat des donneur.se.s de gamètes, considérant le droit de connaître ses origines comme étant dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

En explorant ces situations, mais aussi dans l’étude d’autres contextes culturels ou nationaux, nous souhaitons mettre en perspective l’évolution des dispositifs juridiques et des pratiques institutionnelles, administratives ou médicales associées à la connaissance des origines et l’étude, au sein des familles, de la part des donneur.se.s et des personnes adoptées ou conçues par don, des discours, des usages et d’éventuelles relations nouées aux marges de la parenté.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 29 mai 2019

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