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Christian Poirier : INRS - Institut national de la recherche scientifique
Quels sont les impacts, à la fois individuels et collectifs, du cinéma sur les individus? Poser un regard sensible sur le réel et «affiner nos perceptions» (Bergala, 2002 : 47), est-ce là des habiletés qui s’apprennent? Comment les jeunes expérimentent-ils, expriment-ils et conçoivent-ils, par le biais du cinéma, la posture d’apprenant spectateur, voire d’apprenant citoyen? Ces questions sont au cœur d’une recherche (Gravel, Poirier et Pelletier, 2018-19) dont nous souhaitons présenter les principales dimensions et quelques résultats. Située au croisement de travaux portant sur la participation et la citoyenneté culturelles (Poirier, 2017) et d’enseignements en cinéma (Gravel, 2018), cette étude porte sur le cinéma québécois au sein de l’environnement éducatif collégial et analyse ses impacts selon des dimensions aussi bien individuelle (identité, développement des connaissances, capacités d’analyse et d’interprétation, sens critique, etc.) que collective (relations intersubjectives, sentiments d’appartenance, etc.), et ce tout en cernant le potentiel pédagogique de l’outil cinématographique. L’analyse repose sur une méthodologie de nature mixte, plus précisément un questionnaire diffusé au sein de l’ensemble de la communauté étudiante d’un cégep de la région de Québec, des groupes de discussion réalisés auprès d’étudiants placés durant une session dans la situation d’un laboratoire de visionnement de type «ciné-club» ainsi que de professeurs de l’institution d’enseignement.
Comment la pratique des arts outille-t-elle les individus à devenir des citoyens culturels, orientés vers la justice et susceptibles de faire entendre leurs voix, de partager leurs idées dans l’espace public? Les manifestations de la distance croissante entre le citoyen et les institutions publiques garantes de ses droits et soutenues par leur exercice sont nombreuses et constituent pour certains un réel danger. Or, les formes d’expression de la citoyenneté et sa corporéité dans les espaces collectifs comme l’espace public – la sphère à l’intérieur de laquelle s’exercent et s’éprouvent la critique, l’adversité, la communauté, notamment – témoignent du renouvellement de la conception qu’on peut en avoir. En cohérence avec une citoyenneté outillée pour la désaliénation, Poirier (2012) décrit une citoyenneté culturelle comme une évolution du rapport entre l’État et l’art comme mode de « construction identitaire », d’expérience d’altérité, de porte ouverte vers la sphère publique et le politique. La culture y est un vecteur de lien social appelant à « l’appropriation par les individus des moyens de création, production, diffusion et consommation culturelle » (p. 11). Cette appropriation est facilitée par la conception de dispositifs développés par des chercheurs et des créateurs qui œuvrent au sein de différents domaines artistiques dans le cadre d’incursions dans les espaces publics. Certains, sans qu’ils soient des assistants sociaux ni des agents du maintien de l’ordre, agissent comme des agents du désordre, de la lucidité, de l’esprit critique (Vincent, 2018). Ils proposent des dispositifs « pour faire avec » qui font résonner les voix multiples des citoyens afin qu’ils contribuent au grand chantier d’un espace public, suscitant un dialogue démocratique et la coconstruction d’un pouvoir collectif. Ainsi, former à la citoyenneté culturelle constitue une réponse au phénomène croissant de l’aliénation citoyenne, donnant accès à la culture et stimulant l’esprit critique.
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